Le XIXe est une Ă©poque de grands changements. L'industrialisation s'intensifie, l'innovation progresse et mĂȘme le domaine mĂ©dical connaĂźt une Ă©volution significative. Cela amĂšne la population Ă changer ses coutumes et ses habitudes.
Au dĂ©but de ce siĂšcle et mĂȘme lors des siĂšcles prĂ©cĂ©dents, l'allaitement au sein, dans le FinistĂšre, Ă©tait la norme. Marginal, l'allaitement artificiel n'Ă©tait employĂ© que lorsque la santĂ© de la mĂšre ne permettait pas l'allaitement naturel : corps faible, maladie, incapacitĂ© Ă produire assez de lait, inflammation des seins, telles pouvaient ĂȘtre les raisons limitant l'allaitement au sein. Du lait animal, de vache ou de chĂšvre, pouvait alors ĂȘtre donnĂ© au nourrisson. Dans certains cantons de lâest du FinistĂšre, comme Ă ChĂąteauneuf-du-Faou, les enfants Ă©taient dans certains cas allaitĂ©s directement au pis de l'animal. Ă Daoulas ou Ă Lesneven, une voisine proposait sans contrepartie de nourrir le nourrisson par « acte de charitĂ© qu'elle faisait toujours avec un vif plaisir », quand la mĂšre Ă©tait dans l'incapacitĂ© de le faire.
Lors de l'allaitement artificiel, les mĂšres pouvaient utiliser des biberons ou des Ă©quivalents variĂ©s et plus simples : dans le nord du FinistĂšre, on utilisait une bouteille bouchĂ©e d'une Ă©ponge que l'enfant aspirait par succion ; dans le sud et le centre, câĂ©tait un petit cruchon de terre d'environ deux dĂ©cilitres garni d'un morceau de vieille toile ; dans l'extrĂȘme ouest, une burette Ă©tait employĂ©e, contenant du lait de vache Ă©tendu d'eau et tiĂ©di. Du cĂŽtĂ© de Quimper, on employait une petite soucoupe Ă bec creusĂ©e, nommĂ©e « crĂąle ». Ă Carhaix, deux types de biberons coexistaient : un simple vase en forme de poire Ă goulot, et un second plus grand muni d'une Ă©ponge latĂ©rale appelĂ©e « tĂ©tin » â « Pen-Bronn » en breton, soit littĂ©ralement « tĂȘte de mamelle ».
Pour calmer les pleurs d'un nourrisson, on pouvait lui donner un suçon composé de mie de pain avec du sucre, du beurre ou du miel renfermé dans un morceau de toile. Cela calmait sa faim et ses cris. Cette méthode était pratiquée sur l'ßle de Sein, à Ouessant ou à Landerneau. Sur l'ßle MolÚne, « cette pratique était tellement répandue qu'une croyance aurait attribué la grande bouche de ses habitants au fait d'avoir longtemps usé du suçon. »
Les biberons se perfectionnĂšrent au cours du XIXe siĂšcle et mĂȘme si l'allaitement au sein restait la pratique la plus utilisĂ©e, dans les villes l'intĂ©rĂȘt pour cet instrument se dĂ©veloppa. Progressivement, ils remplacĂšrent les petits pots ou les cruchons. Le biberon « perfectionné » du systĂšme Robert ou Monod devint le rĂ©fĂ©rent en la matiĂšre. L'intĂ©rĂȘt pour le biberon Ă©tait contrastĂ© selon les localitĂ©s. Ă Ouessant, l'allaitement artificiel se faisait dans plus de 60 % des cas, en raison de la charge de travail des femmes. Les hommes partant en mer pĂȘcher une grande partie de l'annĂ©e, les travaux aux champs, les tĂąches domestiques et l'Ă©ducation des enfants incombaient alors Ă la mĂšre. Ă l'opposĂ©, dans d'autres communes comme Lesvenan, Rosporden ou encore Plouigneau, le biberon Ă©tait plutĂŽt mal vu. Ă Morlaix, « les femmes ĂągĂ©es reprochaient Ă leurs filles de ne pouvoir allaiter leurs enfants comme elles le faisaient elles-mĂȘmes autrefois ».
« Aujourd'hui » comme « autrefois », l'allaitement au sein restait le meilleur moyen de nourrir un enfant. Les progrÚs médicaux mirent en avant que le nourrissage au sein était plus hygiénique et plus nourrissant pour l'enfant qui n'était sevré que vers un ou deux ans. L'allaitement artificiel, quant à lui, était vite remplacé par de la nourriture solide pour l'enfant. Le biberon était peu hygiénique et rempli de bactéries. Souvent dégouté par le lait gùté encore présent dans les biberons, le nourrisson se tournait rapidement vers les bouillis de froment ou d'avoine coupées à du lait ou de l'eau.
Les modes de couchage correspondent Ă l'ensemble des dispositions matĂ©rielles mises en place pour assurer le sommeil des enfants. Ce dispositif constitue tout un« savoir-faire » qui articule le mobilier (le berceau, la bercelonnette, le lit clos, etc.), la literie (la paillasse, le drap), l'emplacement et les pratiques qui l'entourent comme l'emmaillotement ou le bercement. Les cantons de Huelgoat, Crozon, Pleyben, et Le Faou prĂ©sentent dans l'enquĂȘte d'Ămile BĂ©rard des pratiques proches, avec quelques particularitĂ©s, mais ils illustrent de façon gĂ©nĂ©rale l'Ă©volution des modes de couchage dans l'ensemble du FinistĂšre au XIXe siĂšcle.
Avant l'enquĂȘte d'Emile BĂ©rard, lâusage du berceau Ă©tait largement rĂ©pandu dans tout le FinistĂšre, mĂȘme si la forme et les matĂ©riaux variaient selon les cantons. Ă Pleyben et au Faou, le couchage Ă©tait presque identique : il s'agissait « d'une caisse rustique ou une boĂźte massive en bois de chĂȘne [...] ou de chĂątaignier reposant sur des supports en forme d'arc de cercle » pour faciliter le bercement. Pour Huelgoat, on notait l'usage de paniers en osier, parfois munis d'un mĂ©canisme de fermeture permettant de protĂ©ger l'enfant des insectes et des animaux de la ferme. Au-delĂ de leur forme, ces berceaux avaient un point en commun : ils Ă©taient de trĂšs petites dimensions. Celle-ci s'explique par le port du maillot, une pratique courante consistant Ă envelopper Ă©troitement le corps du nourrisson avec plusieurs couches de linge. Cette pratique Ă©tait soutenue par les adultes convaincus que le corps des nouveau-nĂ©s Ă©tait inarticulĂ© ou inachevĂ©, nĂ©cessitant Ă nouveau un façonnage.
Le choix de la literie complĂ©tait cet amĂ©nagement du berceau. Il suivait ce mĂȘme principe de façonnage avec une superposition de couches pour former un cocon chaud pour l'enfant. Elle se composait essentiellement de la paille posĂ©e dans le fond du berceau, d'une couette, câest-Ă -dire une enveloppe en tissu remplie de matiĂšres vĂ©gĂ©tales comme la balle dâavoine Ă laquelle sâajoutaient des draps en toile de chanvre, des couvertures, un couvre-pied, et parfois un oreiller ou des rideaux. L'ensemble Ă©tait aĂ©rĂ© quotidiennement pendant quelques heures (2 ou 3 heures), et renouvelĂ© plusieurs fois dans l'annĂ©e en fonction des moyens de la famille. L'emplacement du berceau rĂ©pondait Ă©galement Ă une logique prĂ©cise. Il Ă©tait installĂ© prĂšs du lit parental sur un banc appelĂ© « banc-dossier » afin de maintenir une proximitĂ© avec l'enfant. Il Ă©tait Ă©galement habituel que l'enfant soit couchĂ© dans une autre piĂšce selon l'aisance de la famille, lâĂąge ou la prĂ©sence dâune nourrice.
BĂ©rard identifie dâautres moyens de couchage liĂ©s aux contraintes des familles ayant d'autres enfants de bas-Ăąge ou des difficultĂ©s financiĂšres. Dans ces cas-lĂ , la solution courante venait soit de l'emploi d'un grand berceau pour les deux enfants, soit de l'aide d'un voisin qui pouvait relĂ©guer « [prĂȘter] un berceau » Ă la mĂšre. Dans d'autres cantons, il s'agissait nĂ©anmoins d'utiliser des mobiliers destinĂ©s Ă d'autres fins comme des alternatives de couchage pour les enfants. C'est l'exemple typique de Huelgoat, le fond d'une armoire servait en ce sens de couchage d'appoint, oĂč l'on installait l'un des enfants (le plus souvent l'aĂźnĂ©) avec la mĂȘme literie.
Enfin, au-delĂ du mobilier, « le bercement » occupait ainsi une place importante dans le couchage des enfants. Il constituait une alternative pour calmer et endormir les enfants. Au Faou, certains berceaux Ă©taient munis dâune ficelle permettant le bercement Ă distance. Selon les croyances de lâĂ©poque, cette pratique pouvait aussi prĂ©venir lâapparition des hernies abdominales causĂ©es par les crises de pleurs. Le bercement substituait alors dâautres mĂ©thodes, comme le gavage au lait de vache, une mĂ©thode courante qui consistait Ă donner une quantitĂ© importante de lait de vache Ă lâenfant pour l'endormir. NĂ©anmoins, comme le relĂšve l'auteur, la pratique du bercement Ă©tait paradoxalement dĂ©criĂ©e par les hygiĂ©nistes comme nocive pour la santĂ© des jeunes enfants parce que « le sommeil de ces bercements tiendrait plus d'un Ă©tat comateux que d'un sommeil normal ».
Au cours de l'enquĂȘte de BĂ©rard, l'Ă©volution des modes de couchage n'est pas uniforme dans tous les cantons. Les villes adoptent les nouveaux modes de couchage, mais l'Ă©volution reste encore partielle dans certaines campagnes oĂč les procĂ©dĂ©s anciens subsistent. Ă Huelgoat, par exemple, l'usage des armoires comme lits pour les jeunes enfants perdure. Le « lit-clos » reste Ă©galement l'un des mobiliers les plus rĂ©pandus pour le couchage des enfants : il s'agit d'un lit fermĂ© utilisĂ© par toute la famille. Certains modĂšles comportent deux niveaux de couchage : la partie supĂ©rieure rĂ©servĂ©e pour les enfants, et l'infĂ©rieure pour les parents. Dans certains cas, un petit berceau sous la forme d'un demi cylindre renversĂ©, appelĂ© « kavel ou Bransel » est directement intĂ©grĂ© au lit clos. Cette promiscuitĂ© est dĂ©criĂ©e par BĂ©rard comme une pratique « anti-hygiĂ©nique puisquâ[elle] oblige lâenfant Ă dormir dans une atmosphĂšre constamment viciĂ©e par suite du peu dâespace existant dans le lit des parents ».
ParallĂšlement, les formes de couchage Ă©voluent progressivement dans d'autres cantons. Le changement des berceaux se manifeste par l'apparition de modĂšles plus grands et plus lĂ©gers, en osier ou en bois sculptĂ© (chĂȘne ou chĂątaignier) avec des dessins ou des ornements. Les procĂ©dĂ©s anciens restent nĂ©anmoins ancrĂ©s, notamment dans le choix et l'organisation de la literie : l'usage de la paille, des couettes de balle d'avoine, et le banc pour poser le berceau, reste frĂ©quent dans plusieurs cantons. Ă Crozon et Pleyben, par exemple, l'auteur note l'emploi de nouveaux berceaux offrant un couchage plus chaud et confortable pour les enfants (matelas dâĂ©dredon, couverture en laine ou en coton), dont l'usage s'Ă©tend jusqu'Ă l'Ăąge de 2 ou 3 ans.
L'Ă©ducation dĂ©signe ici non pas l'instruction scolaire, mais ce qui se transmet au quotidien dans la famille : les gestes du travail, les rĂšgles morales dictĂ©es par la religion, le rapport au corps et Ă la communautĂ©. C'est ce savoir-ĂȘtre que documente BĂ©rard dans son enquĂȘte sur le FinistĂšre. Les cantons de Fouesnant, Plogastel et Douarnenez en offrent trois portraits contrastĂ©s, illustrant la cohĂ©rence de l'Ă©ducation traditionnelle et les rĂ©sistances qu'elle oppose Ă toute transformation.
Dans le FinistĂšre rural, l'Ă©ducation repose sur le corps et le travail. Ă Fouesnant, le campagnard « s'attachait seulement Ă utiliser le plus tĂŽt possible les bras de toute sa famille » : le souci d'Ă©duquer « n'existait pas » et « l'Ă©ducation des forces physiques Ă©tait la seule en honneur ». L'enfant n'est pas d'abord un ĂȘtre Ă former : il est une force de travail au service de la famille.
Ă Plogastel, cette logique s'articule avec une formation morale portĂ©e par la religion et la coutume. Les mĂšres « ne s'occupaient [pas] de l'Ă©ducation de leurs enfants » dans le sens d'un Ă©veil intellectuel : on ne devait pas « forcer le moment », convaincu que « l'intelligence de l'enfant aurait souffert » si on avait voulu « éveiller sa curiositĂ© avant l'Ăąge ». La trajectoire est tracĂ©e d'avance  : priĂšres vers 7 ans, catĂ©chisme vers 10, champs vers 12. La morale ne se raisonne pas â elle s'incorpore par les rites et la rĂ©pĂ©tition.
à Plogastel, l'évolution est perceptible. « L'éducation de l'enfant est meilleure qu'autrefois » : la mÚre s'occupe désormais davantage de le former « à la vie intellectuelle et morale ». Mais Bérard tempÚre aussitÎt : il n'est « pas rare de rencontrer encore des mÚres qui, malgré l'instruction et l'éducation qu'elles ont reçues, négligent complÚtement leurs enfants ». Surtout, « les croyances superstitieuses sont vivaces dans la population elles ne disparaissent que bien lentement ».
Ă Douarnenez, le tableau est plus sombre. « L'Ă©ducation est bornĂ©e aux exercices physiques » : les enfants sont envoyĂ©s en mer trĂšs tĂŽt, et « c'est avec joie [qu'ils] se voient incorporĂ©s dans la marine ». Mais BĂ©rard, tĂ©moin oculaire, dĂ©nonce une dĂ©rive grave : « les marins se font un honneur de faire boire de mauvais alcool Ă leurs tout jeunes enfants » â il a lui-mĂȘme vu « donner Ă boire, Ă mĂȘme un verre, de l'eau-de-vie de betterave Ă un nourrisson de 6 mois ». « Les gĂ©nĂ©rations actuelles ne font rien pour prĂ©server les gĂ©nĂ©rations futures de ce funeste penchant ».
Ces trois cantons montrent que l'Ă©ducation rurale n'est pas une absence de formation, mais une formation diffĂ©rente â ancrĂ©e dans le corps, le travail et la croyance. Ce qui se transmet rĂ©siste Ă toute transformation venue d'en haut.
L'enquĂȘte d'Ămile BĂ©rard met en lumiĂšre l'Ă©volution des pratiques liĂ©es aux vĂȘtements des trĂšs jeunes enfants. Les chapitres consacrĂ©s aux cantons de ChĂąteaulin, Carhaix et ChĂąteauneuf-du-Faou sont particuliĂšrement Ă©clairants sur ces changements qui affectent quasiment tout le dĂ©partement du FinistĂšre.
L'emmaillotement consistait Ă envelopper un bĂ©bĂ© dans plusieurs couches de linges d'une façon qui ne lui laissait pas de libertĂ© de mouvement. AprĂšs avoir vĂȘtu le bĂ©bĂ© d'une chemise fendue et d'un gilet de laine, on l'entourait d'un maillot en laine, drap ou flanelle, qui lui prenait tout le corps depuis le cou jusqu'aux jambes. Enfin, le maillot Ă©tait lui-mĂȘme recouvert d'une lisiĂšre de drap pour le maintenir en place, et l'enfant Ă©tait coiffĂ© d'un ou plusieurs bonnets.
L'emmaillotement avait pour but de maintenir l'enfant au chaud, dans une maison alors souvent humide et mal chauffĂ©e. Incapable de bouger, rigidifiĂ© par plusieurs couches de vĂȘtements, l'enfant ne risquait pas de se dĂ©couvrir. Il avait Ă©galement l'avantage d'ĂȘtre facilement transportable, dans les bras ou sur le dos.
L'emmaillotement avait une autre fonction, plus symbolique. Les parents voulaient s'assurer que le corps du nouveau-né soit « bien fait », c'est-à -dire avec des membres bien droits. Cette pratique, comme de nombreuses autres (compression du crùne pour le rendre plus rond, par exemple), s'inscrivait dans une logique de modelage du corps des trÚs jeunes enfants.
Les enquĂȘteurs dĂ©plorent la persistance de cette pratique dans le FinistĂšre. Outre le fait que « pendant une durĂ©e de 7 Ă 8 mois l'enfant ne pouvait donner aucun exercice Ă ses membres qui Ă©taient trop Ă©troitement comprimĂ©s », l'emmaillotement Ă©tait surtout peu hygiĂ©nique. Comme l'enfant n'Ă©tait changĂ© que 3 Ă 5 fois par jour, il restait longtemps dans ses excrĂ©ments, ce qui pouvait entraĂźner des irritations et des infections.
NĂ©anmoins, l'enquĂȘte rapporte plusieurs changements jugĂ©s bĂ©nĂ©fiques.
D'abord, l'emmaillotement est moins contraignant. Comme il est précisé pour le canton de Chùteauneuf-du-Faou (et pour quasiment tout le département) : « Les bras sont maintenant laissés libres et les jambes sont moins étroitement serrées. »
Ensuite, la pĂ©riode d'emmaillotement s'est raccourcie. LĂ oĂč autrefois l'enfant restait dans son maillot pendant 7 Ă 10 mois, il le quitte dĂ©sormais vers ses 4 ou 6 mois.
L'enquĂȘte prĂ©cise la layette (ou vĂȘture) des jeunes enfants de cet Ăąge : « Quand l'enfant quittait son maillot, il prenait une robe de molleton noir Ă nombreux plis superposĂ©s les uns sur les autres et que l'on dĂ©cousait pour allonger la robe Ă mesure que l'enfant grandissait. La robe servait ainsi 5 Ă 6 ans. On lui mettait aussi 3 ou 4 bonnets les uns sur les autres. Il portait des sabots de bois et des bas de laine brune. »
Mis Ă part de subtils dĂ©tails (par exemple un gland argentĂ© sur le bonnet des garçons contre une cocarde colorĂ©e sur celui des filles), les vĂȘtements des enfants des deux sexes sont identiques. La robe n'a pas pour fonction de distinguer les garçons des filles, mais les enfants des adultes. Le petit garçon comme la petite fille sont vĂȘtus de ce vĂȘtement fĂ©minin car ils appartiennent encore au monde des femmes, celui du foyer et de la maternitĂ©. Cette pratique va perdurer jusqu'Ă la PremiĂšre Guerre mondiale.
Le « gardiennage » des enfants au XIXe siĂšcle se rĂ©fĂšre Ă la maniĂšre dont les enfants Ă©taient gardĂ©s par leurs parents, leurs nourrices ou, plus rarement, par dâautres personnes tels que leurs frĂšres et sĆurs. Dans son ouvrage, Ămile BĂ©rard apporte un Ă©clairage sur lâĂ©volution des habitudes de gardiennage en organisant son propos en deux parties « autrefois » et « aujourdâhui », comme pour l'ensemble des thĂšmes qu'il aborde. Quâen Ă©tait-il, donc, du gardiennage dans le canton de Quimper, Briec et Concarneau ?
Pour les enfants en bas Ăąge, du mobilier Ă©tait mis en place ; des berceaux Ă©tait placĂ©s « à une hauteur de 0.75m environ du sol », prĂšs du lit parental, permettant ainsi de protĂ©ger lâenfant des animaux. De mĂȘme, « [l]a porte de la maison [âŠ] Ă©tait divisĂ©e en deux battants ». Le battant infĂ©rieur avait pour objectif dâempĂȘcher les animaux de rentrer dans la maison, tandis que la partie supĂ©rieure pouvait sâouvrir pour laisser entrer la lumiĂšre sans mettre en danger les enfants. Pour Briec, lâauteur donne lâexemple dâune « sorte de banc rectangulaire, percĂ© au milieu » (appelĂ© alloir ou chomette), lequel servait Ă lâapprentissage des premiers pas. « Le bĂ©bĂ© Ă©tait placĂ© dans une sorte de lunette glissant dans une rainure pratiquĂ©e d'un bout Ă l'autre du banc, dans le sens de la longueur ». Il existait aussi des chaises percĂ©es, lesquelles avaient le mĂȘme but grĂące Ă des roulettes Ă chaque pied.
Les enfants Ă©taient invitĂ©s Ă se dĂ©fouler et vivre dehors, « au grand air », « pour prĂ©parer une race forte ». Une importance particuliĂšre Ă©tait portĂ©e Ă l'exercice physique. Lorsquâune maladie se dĂ©clarait, des femmes, des « matrones », venaient et prĂ©paraient des breuvages et onguents lâeffet de ces prĂ©parations relevait probablement de la superstition, car la « force de la constitution triomphait du mal plus souvent ». Finalement, concernant la nourriture de la famille, lâauteur fait mention pour Quimper de bouillie, crĂȘpes de blĂ© noir, lait caillĂ©, soupe, lard, pain de seigle et cidre.
A Concarneau, des garderies furent mises en place pour palier le manque de protection et dâĂ©levage de la part de la mĂšre, ce qui Ă©tait rĂ©current, notamment lorsque les saisons des grandes pĂȘches arrivaient. ParallĂšlement, les enfants des champs Ă©taient gardĂ©s par leurs aĂźnĂ©s ou leurs grands-mĂšres voire, lorsquâaucune de ces solutions nâĂ©tait possible, par une voisine.
Du cĂŽtĂ© du mobilier, peu dâinformations sont donnĂ©es par lâauteur concernant les meubles utilisĂ©s. Il indique tout de mĂȘme pour Briec la diminution dâutilisation des appareils susmentionnĂ©s, au profit de lâintervention directe de la mĂšre pour aider lâenfant dans ses premiers pas, grĂące Ă du linge en tout genre. MalgrĂ© le dĂ©veloppement des soins mĂ©dicaux, Ă Quimper la mortalitĂ© augmentait, ce qui Ă©tait a priori dĂ» notamment à « lâabus, par les parents, des boissons alcooliques ». Sur ce point, Ămile BĂ©rard insiste en mentionnant les marins ivres dans les ports, qui ne montraient pas un « bon » comportement aux enfants.
L'auteur effectue ici un parallĂšle surprenant avec les enfants amĂ©ricains, lesquels jouaient dans des jardins dâenfants, ces derniers rappelant le champ protĂ©gĂ© par des clĂŽtures. MalgrĂ© la force reconnue du grand air, il y avait des problĂšmes de maladies dues Ă lâenvironnement proche des champs :
Lâinstruction des enfants au XIXe siĂšcle Ă©tait assez inĂ©gale selon les cantons du FinistĂšre. Dans son ouvrage, Emile BĂ©rard apporte un Ă©clairage sur lâĂ©volution des modes et moyens dâinstruction en organisant son propos en deux parties « autrefois » et « aujourdâhui », comme pour lâensemble des thĂšmes quâil aborde. Des diffĂ©rences sont assez notables entre les villes et les campagnes. Cette instruction est particuliĂšrement dĂ©crite par lâauteur pour Brest, Daoulas et Landerneau.
Ă Brest, une premiĂšre Ă©cole publique fut ouverte le 14 mars 1746, suivie par dâautres, qui furent malheureusement progressivement fermĂ©es Ă partir de 1791. Furent nommĂ©s vers 1800 cinq instituteurs puis, aprĂšs de nombreux efforts, le conseil municipal obtint en 1822 la « rĂ©installation des frĂšres de la doctrine chrĂ©tienne », une congrĂ©gation qui se consacre Ă lâĂ©ducation de la jeunesse, notamment celle des classes populaires. MalgrĂ© tout, les moyens mis en place pour lâĂ©ducation des enfants restaient trĂšs prĂ©caires et « dĂ©fectueux »; avant 1850, ce sont les familles qui dĂ©cidaient de l'instruction des enfants. En gĂ©nĂ©ral, elles prĂ©fĂ©raient compter sur eux pour les aider dans les champs ou, dans de rares cas, les magasins.
Ă Landerneau comme Ă Brest, les enfants nâallaient pas en classe ou trĂšs rarement avant 10 ou 11 ans. LâĂ©cole avait pour objectif de leur apprendre la lecture du breton et les rudiments du catĂ©chisme à Daoulas, le latin, lâhistoire religieuse et des bases de calcul sâajoutaient Ă ces deux disciplines.
Lâauteur effectue assez Ă©tonnement un saut dans le temps important et indique sans transition avec le manque dâĂ©cole mentionnĂ© prĂ©cĂ©demment que dorĂ©navant lâinstruction Ă©tait trĂšs rĂ©pandue dans de nombreux Ă©tablissements. La loi Ferry Ă©tant dĂ©sormais Ă©tablie, l'Ă©cole Ă©tait obligatoire entre 6 et 13 ans pour les enfants des deux sexes. Comme Ămile BĂ©rard le souligne, les Ă©coles Ă©taient de plusieurs catĂ©gories allant de « lycĂ©es de filles et de garçons, Ă©coles supĂ©rieures, Ă©coles primaires, Ă©coles maternelles, salle d'asile rivalisent de succĂšs. Il n'y a guĂšre d'enfants ne frĂ©quentant pas les Ă©tablissements scolaires ». Les salles d'asile correspondaient Ă des Ă©tablissements destinĂ©s aux enfants entre 2 et 6 ans  elles furent ensuite remplacĂ©es par les Ă©coles maternelles.
Ă Brest, les enfants Ă©taient envoyĂ©s Ă l'Ă©cole vers 8 ou 9 ans au plus tĂŽt dans les campagnes et plus jeunes dans les villes. De mĂȘme Ă Landerneau, il y avait une grande frĂ©quentation des Ă©coles maternelles, oĂč Ă©taient enseignĂ©es « toutes les facultĂ©s intellectuelles simultanĂ©ment ».
Daoulas semble pour sa part reprĂ©senter le lieu dotĂ© du plus grand nombre dâĂ©tablissements avec 26 Ă©coles pour les deux sexes. Les Ă©coles devenaient ainsi plus nombreuses et l'instruction se dĂ©veloppait progressivement.
Cantons au nord de Brest, les villes de Lesneven et Plabennec ainsi que l'Ăźle de Ouessant n'ont pas les mĂȘmes traditions en terme de vĂȘtures avant 1860. Par « vĂȘtures » , on entend les vĂȘtements des enfants aprĂšs environ 6 ans. En gĂ©nĂ©ral, les vĂȘtements sont des versions miniatures de ceux des adultes. Avant cet Ăąge, ils sont les mĂȘmes peu importe le sexe de l'enfant.
Les hommes et les garçons habitant de la ville de Lesneven avaient un uniforme composĂ© d'« un pantalon gris, une veste bleue ». Pour ceux qui habitaient Ă la campagne, il s'agissait d'« un pantalon de drap large serrĂ© aux jarrets » et d'« une veste trĂšs courte ». Les dimanches et les jours de fĂȘte, tous portaient des chapeaux en feutre, des galoches (des chaussures avec des semelles en bois) ou des souliers. Les jours de travail, ils Ă©taient chaussĂ©s de sabots clos.
La ville de Plabennec diffĂšre de Lesneven. Les petits garçons portaient le costume en usage dans tout le LĂ©on : un gilet et un paletot noirs. Ils avaient aussi un chapeau de feutre Ă larges bords presque semblable Ă celui des ecclĂ©siastiques. Les petites filles Ă©taient vĂȘtues de « jupes de drap noir sur un jupon de molleton bleu, un petit chĂąle de couleur et des bonnets de linge en forme de serre-tĂȘte ». Rares Ă©taient les variations sur les vĂȘtures.
Lors de l'enquĂȘte, le costume n'a pas changĂ© dans les trois villes. Dans l'ouvrage, il faut cependant se rĂ©fĂ©rer Ă Brest pour certains dĂ©tails. Les bretelles, spĂ©cificitĂ© de Ouessant, Ă©taient conservĂ©es. BĂ©rard note Ă©galement qu'Ă Ouessant « les garçons portent la culotte maintenant dĂšs l'Ăąge de 4 ans ». Les jours de la semaine, la vĂȘture des filles ne changeait pas Ă©normĂ©ment, une coiffe de couleur, « un chĂąle de laine ou de coton, un tablier, une jupe et un corsage de laine ». Les jours de fĂȘtes et le dimanche, la couleur de la coiffe devenait blanche et elle Ă©tait accompagnĂ©e d'un serre-tĂȘte noir.
Le gilet comme les sabots en photographie sont des habits de costume traditionnel mais ils permettent de visualiser Ă quoi correspondaient les vĂȘtements d'Ă©poque. Ils sont donc plutĂŽt portĂ©s le dimanche et les jours de fĂȘtes. Le gilet est en drap de laine noir doublĂ© d'une toile de lin. Il possĂšde une double rangĂ©e de boutons dorĂ©s en mĂ©tal. Les boutonniĂšres sont en fils de coton vert, de mĂȘme pour les deux poches. L'arriĂšre du gilet est quant Ă lui marron. Les sabots sont aussi de couleur noire avec la partie avant pointue et recourbĂ©e. Les semelles et talons ont Ă©tĂ© renforcĂ©s avec des clous. Ces clous maintenaient un fil sur le dessus du pied.
Par « enfant assisté », on entend les enfants placĂ©s sous le rĂ©gime de l'Assistance publique, un ministĂšre dĂ©diĂ© Ă la protection sociale des enfants comme des adultes. Ce sont Ă la fois des orphelins, des enfants abandonnĂ©s ou des enfants maltraitĂ©s. Pont-L'AbbĂ© et Rosporden sont rattachĂ©s par Ămile BĂ©rard Ă Quimper alors que Pont-Croix a ses propres pratiques pour les vĂȘtements des enfants assistĂ©s.
Dans son introduction, Ămile BĂ©rard Ă©crit « les rĂšglements administratifs sur les vĂȘtements des enfants assistĂ©s stipulaient qu'Ă l'Ăąge d'un an les commissions hospitaliĂšres dĂ©livreraient aux pupilles » une premiĂšre vĂȘture. L'auteur indique que le renouvellement de la vĂȘture se faisait tous les ans jusqu'Ă 6 ans puis de mĂȘme de 6 ans Ă 12 ans. Certains vĂȘtements Ă©taient obligatoires comme les robes ou les vestes dans le cas oĂč les enfants assistaient aux catĂ©chismes ou allaient Ă l'Ă©cole primaire.
Pour Pont-L'AbbĂ© et Rosporden avant 1860, l'auteur fait une liste de ce qui est donnĂ© par l'hospice, c'est-Ă -dire par la maison d'assistance pour les personnes dĂ©munies. Il y avait une distinction entre les filles et les garçons qui ne se faisait qu'Ă partir de 6 ans oĂč les vĂȘtements des enfants Ă©taient des miniatures de ceux des adultes.
Les Ă©toffes utilisĂ©es pour ces vĂȘtures n'Ă©taient selon les dires de l'auteur que pour les enfants des hospices. La couleur de ces vĂȘtements Ă©tait brun fauve ou gris fer. BĂ©rard nous informe aussi que leur coupe Ă©tait « ridicule », autrement dit elle Ă©tait certainement mal faite.
Ă Pont-Croix, comme pour les deux autres villes, la liste des vĂȘtures est donnĂ©e par l'hospice, ce qui engendre des moqueries envers les enfants assistĂ©s. Selon BĂ©rard, « l'hospice [la] dĂ©livrait aux nourriciers » pour les garçons et les filles.
Cette photographie nous permet de voir ce que décrit Bérard. Elle fait partie d'une collection de photographies prises par L. Poret. La famille est en costume de civil ou en costume de Basse Bretagne en extérieur.
Un changement s'opĂšre Ă partir des annĂ©es 1860 avec une autre forme de rĂ©munĂ©ration qui amĂšne Ă d'autres vĂȘtures. Les vĂȘtures des enfants assistĂ©s Ă©taient uniformisĂ©es Ă celles des autres enfants. L'administration hospitaliĂšre donnait une somme aux nourriciers, les personnes qui s'occupaient des enfants assistĂ©s pour qu'ils fassent confectionner ou confectionnent des vĂȘtements. Selon BĂ©rard, l'administration et les enfants trouvaient ce changement bien. Le lien Ă©tait meilleur entre les nourriciers et les enfants. Ainsi, des enfants assistĂ©s placĂ©s dans des familles avaient les mĂȘmes vĂȘtements que ceux des enfants non assistĂ©s. Ămile BĂ©rard s'en rĂ©jouit lui-mĂȘme avec cette phrase : « il Ă©tait pĂ©nible pour un jeune enfant de se trouver seul affublĂ© d'une livrĂ©e ridicule au milieu d'enfants de son Ăąge ».
Plomelin Ă©tant au sud ouest de Quimper, la photographie est au cĆur du canton choisi pour les enfants assistĂ©s. Rare photographie que nous avons pu trouver sur les orphelins du FinistĂšre, celle-ci montre des garçons en costume dĂ©montrant l'uniformisation de celui-ci. Cependant, aucune preuve ne permet de dire que ce costume Ă©tait portĂ© par tous les enfants du FinistĂšre.
Les enfants assistĂ©s, selon l'auteur, « rencontrent plus de facilitĂ©s Ă s'Ă©tablir dans le pays oĂč ils ont Ă©tĂ© Ă©levĂ©s ».
Le XIXe est une Ă©poque de grands changements. L'industrialisation s'intensifie, l'innovation progresse et mĂȘme le domaine mĂ©dical connaĂźt une Ă©volution significative. Cela amĂšne la population Ă changer ses coutumes et ses habitudes.
Au dĂ©but de ce siĂšcle et mĂȘme lors des siĂšcles prĂ©cĂ©dents, l'allaitement au sein, dans le FinistĂšre, Ă©tait la norme. Marginal, l'allaitement artificiel n'Ă©tait employĂ© que lorsque la santĂ© de la mĂšre ne permettait pas l'allaitement naturel : corps faible, maladie, incapacitĂ© Ă produire assez de lait, inflammation des seins, telles pouvaient ĂȘtre les raisons limitant l'allaitement au sein. Du lait animal, de vache ou de chĂšvre, pouvait alors ĂȘtre donnĂ© au nourrisson. Dans certains cantons de lâest du FinistĂšre, comme Ă ChĂąteauneuf-du-Faou, les enfants Ă©taient dans certains cas allaitĂ©s directement au pis de l'animal. Ă Daoulas ou Ă Lesneven, une voisine proposait sans contrepartie de nourrir le nourrisson par « acte de charitĂ© qu'elle faisait toujours avec un vif plaisir », quand la mĂšre Ă©tait dans l'incapacitĂ© de le faire.
Lors de l'allaitement artificiel, les mĂšres pouvaient utiliser des biberons ou des Ă©quivalents variĂ©s et plus simples : dans le nord du FinistĂšre, on utilisait une bouteille bouchĂ©e d'une Ă©ponge que l'enfant aspirait par succion ; dans le sud et le centre, câĂ©tait un petit cruchon de terre d'environ deux dĂ©cilitres garni d'un morceau de vieille toile ; dans l'extrĂȘme ouest, une burette Ă©tait employĂ©e, contenant du lait de vache Ă©tendu d'eau et tiĂ©di. Du cĂŽtĂ© de Quimper, on employait une petite soucoupe Ă bec creusĂ©e, nommĂ©e « crĂąle ». Ă Carhaix, deux types de biberons coexistaient : un simple vase en forme de poire Ă goulot, et un second plus grand muni d'une Ă©ponge latĂ©rale appelĂ©e « tĂ©tin » â « Pen-Bronn » en breton, soit littĂ©ralement « tĂȘte de mamelle ».
Pour calmer les pleurs d'un nourrisson, on pouvait lui donner un suçon composé de mie de pain avec du sucre, du beurre ou du miel renfermé dans un morceau de toile. Cela calmait sa faim et ses cris. Cette méthode était pratiquée sur l'ßle de Sein, à Ouessant ou à Landerneau. Sur l'ßle MolÚne, « cette pratique était tellement répandue qu'une croyance aurait attribué la grande bouche de ses habitants au fait d'avoir longtemps usé du suçon. »
Les biberons se perfectionnĂšrent au cours du XIXe siĂšcle et mĂȘme si l'allaitement au sein restait la pratique la plus utilisĂ©e, dans les villes l'intĂ©rĂȘt pour cet instrument se dĂ©veloppa. Progressivement, ils remplacĂšrent les petits pots ou les cruchons. Le biberon « perfectionné » du systĂšme Robert ou Monod devint le rĂ©fĂ©rent en la matiĂšre. L'intĂ©rĂȘt pour le biberon Ă©tait contrastĂ© selon les localitĂ©s. Ă Ouessant, l'allaitement artificiel se faisait dans plus de 60 % des cas, en raison de la charge de travail des femmes. Les hommes partant en mer pĂȘcher une grande partie de l'annĂ©e, les travaux aux champs, les tĂąches domestiques et l'Ă©ducation des enfants incombaient alors Ă la mĂšre. Ă l'opposĂ©, dans d'autres communes comme Lesvenan, Rosporden ou encore Plouigneau, le biberon Ă©tait plutĂŽt mal vu. Ă Morlaix, « les femmes ĂągĂ©es reprochaient Ă leurs filles de ne pouvoir allaiter leurs enfants comme elles le faisaient elles-mĂȘmes autrefois ».
« Aujourd'hui » comme « autrefois », l'allaitement au sein restait le meilleur moyen de nourrir un enfant. Les progrÚs médicaux mirent en avant que le nourrissage au sein était plus hygiénique et plus nourrissant pour l'enfant qui n'était sevré que vers un ou deux ans. L'allaitement artificiel, quant à lui, était vite remplacé par de la nourriture solide pour l'enfant. Le biberon était peu hygiénique et rempli de bactéries. Souvent dégouté par le lait gùté encore présent dans les biberons, le nourrisson se tournait rapidement vers les bouillis de froment ou d'avoine coupées à du lait ou de l'eau.
Les modes de couchage correspondent Ă l'ensemble des dispositions matĂ©rielles mises en place pour assurer le sommeil des enfants. Ce dispositif constitue tout un« savoir-faire » qui articule le mobilier (le berceau, la bercelonnette, le lit clos, etc.), la literie (la paillasse, le drap), l'emplacement et les pratiques qui l'entourent comme l'emmaillotement ou le bercement. Les cantons de Huelgoat, Crozon, Pleyben, et Le Faou prĂ©sentent dans l'enquĂȘte d'Ămile BĂ©rard des pratiques proches, avec quelques particularitĂ©s, mais ils illustrent de façon gĂ©nĂ©rale l'Ă©volution des modes de couchage dans l'ensemble du FinistĂšre au XIXe siĂšcle.
Avant l'enquĂȘte d'Emile BĂ©rard, lâusage du berceau Ă©tait largement rĂ©pandu dans tout le FinistĂšre, mĂȘme si la forme et les matĂ©riaux variaient selon les cantons. Ă Pleyben et au Faou, le couchage Ă©tait presque identique : il s'agissait « d'une caisse rustique ou une boĂźte massive en bois de chĂȘne [...] ou de chĂątaignier reposant sur des supports en forme d'arc de cercle » pour faciliter le bercement. Pour Huelgoat, on notait l'usage de paniers en osier, parfois munis d'un mĂ©canisme de fermeture permettant de protĂ©ger l'enfant des insectes et des animaux de la ferme. Au-delĂ de leur forme, ces berceaux avaient un point en commun : ils Ă©taient de trĂšs petites dimensions. Celle-ci s'explique par le port du maillot, une pratique courante consistant Ă envelopper Ă©troitement le corps du nourrisson avec plusieurs couches de linge. Cette pratique Ă©tait soutenue par les adultes convaincus que le corps des nouveau-nĂ©s Ă©tait inarticulĂ© ou inachevĂ©, nĂ©cessitant Ă nouveau un façonnage.
Le choix de la literie complĂ©tait cet amĂ©nagement du berceau. Il suivait ce mĂȘme principe de façonnage avec une superposition de couches pour former un cocon chaud pour l'enfant. Elle se composait essentiellement de la paille posĂ©e dans le fond du berceau, d'une couette, câest-Ă -dire une enveloppe en tissu remplie de matiĂšres vĂ©gĂ©tales comme la balle dâavoine Ă laquelle sâajoutaient des draps en toile de chanvre, des couvertures, un couvre-pied, et parfois un oreiller ou des rideaux. L'ensemble Ă©tait aĂ©rĂ© quotidiennement pendant quelques heures (2 ou 3 heures), et renouvelĂ© plusieurs fois dans l'annĂ©e en fonction des moyens de la famille. L'emplacement du berceau rĂ©pondait Ă©galement Ă une logique prĂ©cise. Il Ă©tait installĂ© prĂšs du lit parental sur un banc appelĂ© « banc-dossier » afin de maintenir une proximitĂ© avec l'enfant. Il Ă©tait Ă©galement habituel que l'enfant soit couchĂ© dans une autre piĂšce selon l'aisance de la famille, lâĂąge ou la prĂ©sence dâune nourrice.
BĂ©rard identifie dâautres moyens de couchage liĂ©s aux contraintes des familles ayant d'autres enfants de bas-Ăąge ou des difficultĂ©s financiĂšres. Dans ces cas-lĂ , la solution courante venait soit de l'emploi d'un grand berceau pour les deux enfants, soit de l'aide d'un voisin qui pouvait relĂ©guer « [prĂȘter] un berceau » Ă la mĂšre. Dans d'autres cantons, il s'agissait nĂ©anmoins d'utiliser des mobiliers destinĂ©s Ă d'autres fins comme des alternatives de couchage pour les enfants. C'est l'exemple typique de Huelgoat, le fond d'une armoire servait en ce sens de couchage d'appoint, oĂč l'on installait l'un des enfants (le plus souvent l'aĂźnĂ©) avec la mĂȘme literie.
Enfin, au-delĂ du mobilier, « le bercement » occupait ainsi une place importante dans le couchage des enfants. Il constituait une alternative pour calmer et endormir les enfants. Au Faou, certains berceaux Ă©taient munis dâune ficelle permettant le bercement Ă distance. Selon les croyances de lâĂ©poque, cette pratique pouvait aussi prĂ©venir lâapparition des hernies abdominales causĂ©es par les crises de pleurs. Le bercement substituait alors dâautres mĂ©thodes, comme le gavage au lait de vache, une mĂ©thode courante qui consistait Ă donner une quantitĂ© importante de lait de vache Ă lâenfant pour l'endormir. NĂ©anmoins, comme le relĂšve l'auteur, la pratique du bercement Ă©tait paradoxalement dĂ©criĂ©e par les hygiĂ©nistes comme nocive pour la santĂ© des jeunes enfants parce que « le sommeil de ces bercements tiendrait plus d'un Ă©tat comateux que d'un sommeil normal ».
Au cours de l'enquĂȘte de BĂ©rard, l'Ă©volution des modes de couchage n'est pas uniforme dans tous les cantons. Les villes adoptent les nouveaux modes de couchage, mais l'Ă©volution reste encore partielle dans certaines campagnes oĂč les procĂ©dĂ©s anciens subsistent. Ă Huelgoat, par exemple, l'usage des armoires comme lits pour les jeunes enfants perdure. Le « lit-clos » reste Ă©galement l'un des mobiliers les plus rĂ©pandus pour le couchage des enfants : il s'agit d'un lit fermĂ© utilisĂ© par toute la famille. Certains modĂšles comportent deux niveaux de couchage : la partie supĂ©rieure rĂ©servĂ©e pour les enfants, et l'infĂ©rieure pour les parents. Dans certains cas, un petit berceau sous la forme d'un demi cylindre renversĂ©, appelĂ© « kavel ou Bransel » est directement intĂ©grĂ© au lit clos. Cette promiscuitĂ© est dĂ©criĂ©e par BĂ©rard comme une pratique « anti-hygiĂ©nique puisquâ[elle] oblige lâenfant Ă dormir dans une atmosphĂšre constamment viciĂ©e par suite du peu dâespace existant dans le lit des parents ».
ParallĂšlement, les formes de couchage Ă©voluent progressivement dans d'autres cantons. Le changement des berceaux se manifeste par l'apparition de modĂšles plus grands et plus lĂ©gers, en osier ou en bois sculptĂ© (chĂȘne ou chĂątaignier) avec des dessins ou des ornements. Les procĂ©dĂ©s anciens restent nĂ©anmoins ancrĂ©s, notamment dans le choix et l'organisation de la literie : l'usage de la paille, des couettes de balle d'avoine, et le banc pour poser le berceau, reste frĂ©quent dans plusieurs cantons. Ă Crozon et Pleyben, par exemple, l'auteur note l'emploi de nouveaux berceaux offrant un couchage plus chaud et confortable pour les enfants (matelas dâĂ©dredon, couverture en laine ou en coton), dont l'usage s'Ă©tend jusqu'Ă l'Ăąge de 2 ou 3 ans.
L'Ă©ducation dĂ©signe ici non pas l'instruction scolaire, mais ce qui se transmet au quotidien dans la famille : les gestes du travail, les rĂšgles morales dictĂ©es par la religion, le rapport au corps et Ă la communautĂ©. C'est ce savoir-ĂȘtre que documente BĂ©rard dans son enquĂȘte sur le FinistĂšre. Les cantons de Fouesnant, Plogastel et Douarnenez en offrent trois portraits contrastĂ©s, illustrant la cohĂ©rence de l'Ă©ducation traditionnelle et les rĂ©sistances qu'elle oppose Ă toute transformation.
Dans le FinistĂšre rural, l'Ă©ducation repose sur le corps et le travail. Ă Fouesnant, le campagnard « s'attachait seulement Ă utiliser le plus tĂŽt possible les bras de toute sa famille » : le souci d'Ă©duquer « n'existait pas » et « l'Ă©ducation des forces physiques Ă©tait la seule en honneur ». L'enfant n'est pas d'abord un ĂȘtre Ă former : il est une force de travail au service de la famille.
Ă Plogastel, cette logique s'articule avec une formation morale portĂ©e par la religion et la coutume. Les mĂšres « ne s'occupaient [pas] de l'Ă©ducation de leurs enfants » dans le sens d'un Ă©veil intellectuel : on ne devait pas « forcer le moment », convaincu que « l'intelligence de l'enfant aurait souffert » si on avait voulu « éveiller sa curiositĂ© avant l'Ăąge ». La trajectoire est tracĂ©e d'avance  : priĂšres vers 7 ans, catĂ©chisme vers 10, champs vers 12. La morale ne se raisonne pas â elle s'incorpore par les rites et la rĂ©pĂ©tition.
à Plogastel, l'évolution est perceptible. « L'éducation de l'enfant est meilleure qu'autrefois » : la mÚre s'occupe désormais davantage de le former « à la vie intellectuelle et morale ». Mais Bérard tempÚre aussitÎt : il n'est « pas rare de rencontrer encore des mÚres qui, malgré l'instruction et l'éducation qu'elles ont reçues, négligent complÚtement leurs enfants ». Surtout, « les croyances superstitieuses sont vivaces dans la population elles ne disparaissent que bien lentement ».
Ă Douarnenez, le tableau est plus sombre. « L'Ă©ducation est bornĂ©e aux exercices physiques » : les enfants sont envoyĂ©s en mer trĂšs tĂŽt, et « c'est avec joie [qu'ils] se voient incorporĂ©s dans la marine ». Mais BĂ©rard, tĂ©moin oculaire, dĂ©nonce une dĂ©rive grave : « les marins se font un honneur de faire boire de mauvais alcool Ă leurs tout jeunes enfants » â il a lui-mĂȘme vu « donner Ă boire, Ă mĂȘme un verre, de l'eau-de-vie de betterave Ă un nourrisson de 6 mois ». « Les gĂ©nĂ©rations actuelles ne font rien pour prĂ©server les gĂ©nĂ©rations futures de ce funeste penchant ».
Ces trois cantons montrent que l'Ă©ducation rurale n'est pas une absence de formation, mais une formation diffĂ©rente â ancrĂ©e dans le corps, le travail et la croyance. Ce qui se transmet rĂ©siste Ă toute transformation venue d'en haut.
L'enquĂȘte d'Ămile BĂ©rard met en lumiĂšre l'Ă©volution des pratiques liĂ©es aux vĂȘtements des trĂšs jeunes enfants. Les chapitres consacrĂ©s aux cantons de ChĂąteaulin, Carhaix et ChĂąteauneuf-du-Faou sont particuliĂšrement Ă©clairants sur ces changements qui affectent quasiment tout le dĂ©partement du FinistĂšre.
L'emmaillotement consistait Ă envelopper un bĂ©bĂ© dans plusieurs couches de linges d'une façon qui ne lui laissait pas de libertĂ© de mouvement. AprĂšs avoir vĂȘtu le bĂ©bĂ© d'une chemise fendue et d'un gilet de laine, on l'entourait d'un maillot en laine, drap ou flanelle, qui lui prenait tout le corps depuis le cou jusqu'aux jambes. Enfin, le maillot Ă©tait lui-mĂȘme recouvert d'une lisiĂšre de drap pour le maintenir en place, et l'enfant Ă©tait coiffĂ© d'un ou plusieurs bonnets.
L'emmaillotement avait pour but de maintenir l'enfant au chaud, dans une maison alors souvent humide et mal chauffĂ©e. Incapable de bouger, rigidifiĂ© par plusieurs couches de vĂȘtements, l'enfant ne risquait pas de se dĂ©couvrir. Il avait Ă©galement l'avantage d'ĂȘtre facilement transportable, dans les bras ou sur le dos.
L'emmaillotement avait une autre fonction, plus symbolique. Les parents voulaient s'assurer que le corps du nouveau-né soit « bien fait », c'est-à -dire avec des membres bien droits. Cette pratique, comme de nombreuses autres (compression du crùne pour le rendre plus rond, par exemple), s'inscrivait dans une logique de modelage du corps des trÚs jeunes enfants.
Les enquĂȘteurs dĂ©plorent la persistance de cette pratique dans le FinistĂšre. Outre le fait que « pendant une durĂ©e de 7 Ă 8 mois l'enfant ne pouvait donner aucun exercice Ă ses membres qui Ă©taient trop Ă©troitement comprimĂ©s », l'emmaillotement Ă©tait surtout peu hygiĂ©nique. Comme l'enfant n'Ă©tait changĂ© que 3 Ă 5 fois par jour, il restait longtemps dans ses excrĂ©ments, ce qui pouvait entraĂźner des irritations et des infections.
NĂ©anmoins, l'enquĂȘte rapporte plusieurs changements jugĂ©s bĂ©nĂ©fiques.
D'abord, l'emmaillotement est moins contraignant. Comme il est précisé pour le canton de Chùteauneuf-du-Faou (et pour quasiment tout le département) : « Les bras sont maintenant laissés libres et les jambes sont moins étroitement serrées. »
Ensuite, la pĂ©riode d'emmaillotement s'est raccourcie. LĂ oĂč autrefois l'enfant restait dans son maillot pendant 7 Ă 10 mois, il le quitte dĂ©sormais vers ses 4 ou 6 mois.
L'enquĂȘte prĂ©cise la layette (ou vĂȘture) des jeunes enfants de cet Ăąge : « Quand l'enfant quittait son maillot, il prenait une robe de molleton noir Ă nombreux plis superposĂ©s les uns sur les autres et que l'on dĂ©cousait pour allonger la robe Ă mesure que l'enfant grandissait. La robe servait ainsi 5 Ă 6 ans. On lui mettait aussi 3 ou 4 bonnets les uns sur les autres. Il portait des sabots de bois et des bas de laine brune. »
Mis Ă part de subtils dĂ©tails (par exemple un gland argentĂ© sur le bonnet des garçons contre une cocarde colorĂ©e sur celui des filles), les vĂȘtements des enfants des deux sexes sont identiques. La robe n'a pas pour fonction de distinguer les garçons des filles, mais les enfants des adultes. Le petit garçon comme la petite fille sont vĂȘtus de ce vĂȘtement fĂ©minin car ils appartiennent encore au monde des femmes, celui du foyer et de la maternitĂ©. Cette pratique va perdurer jusqu'Ă la PremiĂšre Guerre mondiale.
Le « gardiennage » des enfants au XIXe siĂšcle se rĂ©fĂšre Ă la maniĂšre dont les enfants Ă©taient gardĂ©s par leurs parents, leurs nourrices ou, plus rarement, par dâautres personnes tels que leurs frĂšres et sĆurs. Dans son ouvrage, Ămile BĂ©rard apporte un Ă©clairage sur lâĂ©volution des habitudes de gardiennage en organisant son propos en deux parties « autrefois » et « aujourdâhui », comme pour l'ensemble des thĂšmes qu'il aborde. Quâen Ă©tait-il, donc, du gardiennage dans le canton de Quimper, Briec et Concarneau ?
Pour les enfants en bas Ăąge, du mobilier Ă©tait mis en place ; des berceaux Ă©tait placĂ©s « à une hauteur de 0.75m environ du sol », prĂšs du lit parental, permettant ainsi de protĂ©ger lâenfant des animaux. De mĂȘme, « [l]a porte de la maison [âŠ] Ă©tait divisĂ©e en deux battants ». Le battant infĂ©rieur avait pour objectif dâempĂȘcher les animaux de rentrer dans la maison, tandis que la partie supĂ©rieure pouvait sâouvrir pour laisser entrer la lumiĂšre sans mettre en danger les enfants. Pour Briec, lâauteur donne lâexemple dâune « sorte de banc rectangulaire, percĂ© au milieu » (appelĂ© alloir ou chomette), lequel servait Ă lâapprentissage des premiers pas. « Le bĂ©bĂ© Ă©tait placĂ© dans une sorte de lunette glissant dans une rainure pratiquĂ©e d'un bout Ă l'autre du banc, dans le sens de la longueur ». Il existait aussi des chaises percĂ©es, lesquelles avaient le mĂȘme but grĂące Ă des roulettes Ă chaque pied.
Les enfants Ă©taient invitĂ©s Ă se dĂ©fouler et vivre dehors, « au grand air », « pour prĂ©parer une race forte ». Une importance particuliĂšre Ă©tait portĂ©e Ă l'exercice physique. Lorsquâune maladie se dĂ©clarait, des femmes, des « matrones », venaient et prĂ©paraient des breuvages et onguents lâeffet de ces prĂ©parations relevait probablement de la superstition, car la « force de la constitution triomphait du mal plus souvent ». Finalement, concernant la nourriture de la famille, lâauteur fait mention pour Quimper de bouillie, crĂȘpes de blĂ© noir, lait caillĂ©, soupe, lard, pain de seigle et cidre.
A Concarneau, des garderies furent mises en place pour palier le manque de protection et dâĂ©levage de la part de la mĂšre, ce qui Ă©tait rĂ©current, notamment lorsque les saisons des grandes pĂȘches arrivaient. ParallĂšlement, les enfants des champs Ă©taient gardĂ©s par leurs aĂźnĂ©s ou leurs grands-mĂšres voire, lorsquâaucune de ces solutions nâĂ©tait possible, par une voisine.
Du cĂŽtĂ© du mobilier, peu dâinformations sont donnĂ©es par lâauteur concernant les meubles utilisĂ©s. Il indique tout de mĂȘme pour Briec la diminution dâutilisation des appareils susmentionnĂ©s, au profit de lâintervention directe de la mĂšre pour aider lâenfant dans ses premiers pas, grĂące Ă du linge en tout genre. MalgrĂ© le dĂ©veloppement des soins mĂ©dicaux, Ă Quimper la mortalitĂ© augmentait, ce qui Ă©tait a priori dĂ» notamment à « lâabus, par les parents, des boissons alcooliques ». Sur ce point, Ămile BĂ©rard insiste en mentionnant les marins ivres dans les ports, qui ne montraient pas un « bon » comportement aux enfants.
L'auteur effectue ici un parallĂšle surprenant avec les enfants amĂ©ricains, lesquels jouaient dans des jardins dâenfants, ces derniers rappelant le champ protĂ©gĂ© par des clĂŽtures. MalgrĂ© la force reconnue du grand air, il y avait des problĂšmes de maladies dues Ă lâenvironnement proche des champs :
Lâinstruction des enfants au XIXe siĂšcle Ă©tait assez inĂ©gale selon les cantons du FinistĂšre. Dans son ouvrage, Emile BĂ©rard apporte un Ă©clairage sur lâĂ©volution des modes et moyens dâinstruction en organisant son propos en deux parties « autrefois » et « aujourdâhui », comme pour lâensemble des thĂšmes quâil aborde. Des diffĂ©rences sont assez notables entre les villes et les campagnes. Cette instruction est particuliĂšrement dĂ©crite par lâauteur pour Brest, Daoulas et Landerneau.
Ă Brest, une premiĂšre Ă©cole publique fut ouverte le 14 mars 1746, suivie par dâautres, qui furent malheureusement progressivement fermĂ©es Ă partir de 1791. Furent nommĂ©s vers 1800 cinq instituteurs puis, aprĂšs de nombreux efforts, le conseil municipal obtint en 1822 la « rĂ©installation des frĂšres de la doctrine chrĂ©tienne », une congrĂ©gation qui se consacre Ă lâĂ©ducation de la jeunesse, notamment celle des classes populaires. MalgrĂ© tout, les moyens mis en place pour lâĂ©ducation des enfants restaient trĂšs prĂ©caires et « dĂ©fectueux »; avant 1850, ce sont les familles qui dĂ©cidaient de l'instruction des enfants. En gĂ©nĂ©ral, elles prĂ©fĂ©raient compter sur eux pour les aider dans les champs ou, dans de rares cas, les magasins.
Ă Landerneau comme Ă Brest, les enfants nâallaient pas en classe ou trĂšs rarement avant 10 ou 11 ans. LâĂ©cole avait pour objectif de leur apprendre la lecture du breton et les rudiments du catĂ©chisme à Daoulas, le latin, lâhistoire religieuse et des bases de calcul sâajoutaient Ă ces deux disciplines.
Lâauteur effectue assez Ă©tonnement un saut dans le temps important et indique sans transition avec le manque dâĂ©cole mentionnĂ© prĂ©cĂ©demment que dorĂ©navant lâinstruction Ă©tait trĂšs rĂ©pandue dans de nombreux Ă©tablissements. La loi Ferry Ă©tant dĂ©sormais Ă©tablie, l'Ă©cole Ă©tait obligatoire entre 6 et 13 ans pour les enfants des deux sexes. Comme Ămile BĂ©rard le souligne, les Ă©coles Ă©taient de plusieurs catĂ©gories allant de « lycĂ©es de filles et de garçons, Ă©coles supĂ©rieures, Ă©coles primaires, Ă©coles maternelles, salle d'asile rivalisent de succĂšs. Il n'y a guĂšre d'enfants ne frĂ©quentant pas les Ă©tablissements scolaires ». Les salles d'asile correspondaient Ă des Ă©tablissements destinĂ©s aux enfants entre 2 et 6 ans  elles furent ensuite remplacĂ©es par les Ă©coles maternelles.
Ă Brest, les enfants Ă©taient envoyĂ©s Ă l'Ă©cole vers 8 ou 9 ans au plus tĂŽt dans les campagnes et plus jeunes dans les villes. De mĂȘme Ă Landerneau, il y avait une grande frĂ©quentation des Ă©coles maternelles, oĂč Ă©taient enseignĂ©es « toutes les facultĂ©s intellectuelles simultanĂ©ment ».
Daoulas semble pour sa part reprĂ©senter le lieu dotĂ© du plus grand nombre dâĂ©tablissements avec 26 Ă©coles pour les deux sexes. Les Ă©coles devenaient ainsi plus nombreuses et l'instruction se dĂ©veloppait progressivement.
Cantons au nord de Brest, les villes de Lesneven et Plabennec ainsi que l'Ăźle de Ouessant n'ont pas les mĂȘmes traditions en terme de vĂȘtures avant 1860. Par « vĂȘtures » , on entend les vĂȘtements des enfants aprĂšs environ 6 ans. En gĂ©nĂ©ral, les vĂȘtements sont des versions miniatures de ceux des adultes. Avant cet Ăąge, ils sont les mĂȘmes peu importe le sexe de l'enfant.
Les hommes et les garçons habitant de la ville de Lesneven avaient un uniforme composĂ© d'« un pantalon gris, une veste bleue ». Pour ceux qui habitaient Ă la campagne, il s'agissait d'« un pantalon de drap large serrĂ© aux jarrets » et d'« une veste trĂšs courte ». Les dimanches et les jours de fĂȘte, tous portaient des chapeaux en feutre, des galoches (des chaussures avec des semelles en bois) ou des souliers. Les jours de travail, ils Ă©taient chaussĂ©s de sabots clos.
La ville de Plabennec diffĂšre de Lesneven. Les petits garçons portaient le costume en usage dans tout le LĂ©on : un gilet et un paletot noirs. Ils avaient aussi un chapeau de feutre Ă larges bords presque semblable Ă celui des ecclĂ©siastiques. Les petites filles Ă©taient vĂȘtues de « jupes de drap noir sur un jupon de molleton bleu, un petit chĂąle de couleur et des bonnets de linge en forme de serre-tĂȘte ». Rares Ă©taient les variations sur les vĂȘtures.
Lors de l'enquĂȘte, le costume n'a pas changĂ© dans les trois villes. Dans l'ouvrage, il faut cependant se rĂ©fĂ©rer Ă Brest pour certains dĂ©tails. Les bretelles, spĂ©cificitĂ© de Ouessant, Ă©taient conservĂ©es. BĂ©rard note Ă©galement qu'Ă Ouessant « les garçons portent la culotte maintenant dĂšs l'Ăąge de 4 ans ». Les jours de la semaine, la vĂȘture des filles ne changeait pas Ă©normĂ©ment, une coiffe de couleur, « un chĂąle de laine ou de coton, un tablier, une jupe et un corsage de laine ». Les jours de fĂȘtes et le dimanche, la couleur de la coiffe devenait blanche et elle Ă©tait accompagnĂ©e d'un serre-tĂȘte noir.
Le gilet comme les sabots en photographie sont des habits de costume traditionnel mais ils permettent de visualiser Ă quoi correspondaient les vĂȘtements d'Ă©poque. Ils sont donc plutĂŽt portĂ©s le dimanche et les jours de fĂȘtes. Le gilet est en drap de laine noir doublĂ© d'une toile de lin. Il possĂšde une double rangĂ©e de boutons dorĂ©s en mĂ©tal. Les boutonniĂšres sont en fils de coton vert, de mĂȘme pour les deux poches. L'arriĂšre du gilet est quant Ă lui marron. Les sabots sont aussi de couleur noire avec la partie avant pointue et recourbĂ©e. Les semelles et talons ont Ă©tĂ© renforcĂ©s avec des clous. Ces clous maintenaient un fil sur le dessus du pied.
Par « enfant assisté », on entend les enfants placĂ©s sous le rĂ©gime de l'Assistance publique, un ministĂšre dĂ©diĂ© Ă la protection sociale des enfants comme des adultes. Ce sont Ă la fois des orphelins, des enfants abandonnĂ©s ou des enfants maltraitĂ©s. Pont-L'AbbĂ© et Rosporden sont rattachĂ©s par Ămile BĂ©rard Ă Quimper alors que Pont-Croix a ses propres pratiques pour les vĂȘtements des enfants assistĂ©s.
Dans son introduction, Ămile BĂ©rard Ă©crit « les rĂšglements administratifs sur les vĂȘtements des enfants assistĂ©s stipulaient qu'Ă l'Ăąge d'un an les commissions hospitaliĂšres dĂ©livreraient aux pupilles » une premiĂšre vĂȘture. L'auteur indique que le renouvellement de la vĂȘture se faisait tous les ans jusqu'Ă 6 ans puis de mĂȘme de 6 ans Ă 12 ans. Certains vĂȘtements Ă©taient obligatoires comme les robes ou les vestes dans le cas oĂč les enfants assistaient aux catĂ©chismes ou allaient Ă l'Ă©cole primaire.
Pour Pont-L'AbbĂ© et Rosporden avant 1860, l'auteur fait une liste de ce qui est donnĂ© par l'hospice, c'est-Ă -dire par la maison d'assistance pour les personnes dĂ©munies. Il y avait une distinction entre les filles et les garçons qui ne se faisait qu'Ă partir de 6 ans oĂč les vĂȘtements des enfants Ă©taient des miniatures de ceux des adultes.
Les Ă©toffes utilisĂ©es pour ces vĂȘtures n'Ă©taient selon les dires de l'auteur que pour les enfants des hospices. La couleur de ces vĂȘtements Ă©tait brun fauve ou gris fer. BĂ©rard nous informe aussi que leur coupe Ă©tait « ridicule », autrement dit elle Ă©tait certainement mal faite.
Ă Pont-Croix, comme pour les deux autres villes, la liste des vĂȘtures est donnĂ©e par l'hospice, ce qui engendre des moqueries envers les enfants assistĂ©s. Selon BĂ©rard, « l'hospice [la] dĂ©livrait aux nourriciers » pour les garçons et les filles.
Cette photographie nous permet de voir ce que décrit Bérard. Elle fait partie d'une collection de photographies prises par L. Poret. La famille est en costume de civil ou en costume de Basse Bretagne en extérieur.
Un changement s'opĂšre Ă partir des annĂ©es 1860 avec une autre forme de rĂ©munĂ©ration qui amĂšne Ă d'autres vĂȘtures. Les vĂȘtures des enfants assistĂ©s Ă©taient uniformisĂ©es Ă celles des autres enfants. L'administration hospitaliĂšre donnait une somme aux nourriciers, les personnes qui s'occupaient des enfants assistĂ©s pour qu'ils fassent confectionner ou confectionnent des vĂȘtements. Selon BĂ©rard, l'administration et les enfants trouvaient ce changement bien. Le lien Ă©tait meilleur entre les nourriciers et les enfants. Ainsi, des enfants assistĂ©s placĂ©s dans des familles avaient les mĂȘmes vĂȘtements que ceux des enfants non assistĂ©s. Ămile BĂ©rard s'en rĂ©jouit lui-mĂȘme avec cette phrase : « il Ă©tait pĂ©nible pour un jeune enfant de se trouver seul affublĂ© d'une livrĂ©e ridicule au milieu d'enfants de son Ăąge ».
Plomelin Ă©tant au sud ouest de Quimper, la photographie est au cĆur du canton choisi pour les enfants assistĂ©s. Rare photographie que nous avons pu trouver sur les orphelins du FinistĂšre, celle-ci montre des garçons en costume dĂ©montrant l'uniformisation de celui-ci. Cependant, aucune preuve ne permet de dire que ce costume Ă©tait portĂ© par tous les enfants du FinistĂšre.
Les enfants assistĂ©s, selon l'auteur, « rencontrent plus de facilitĂ©s Ă s'Ă©tablir dans le pays oĂč ils ont Ă©tĂ© Ă©levĂ©s ».