Le XIXe est une époque de grands changements. L'industrialisation s'intensifie, l'innovation progresse et même le domaine médical connaît une évolution significative. Cela amène la population à changer ses coutumes et ses habitudes.
Au début de ce siècle et même lors des siècles précédents, l'allaitement au sein, dans le Finistère, était la norme. Marginal, l'allaitement artificiel n'était employé que lorsque la santé de la mère ne permettait pas l'allaitement naturel : corps faible, maladie, incapacité à produire assez de lait, inflammation des seins, telles pouvaient être les raisons limitant l'allaitement au sein. Du lait animal, de vache ou de chèvre, pouvait alors être donné au nourrisson. Dans certains cantons de l’est du Finistère, comme à Châteauneuf-du-Faou, les enfants étaient dans certains cas allaités directement au pis de l'animal. À Daoulas ou à Lesneven, une voisine proposait sans contrepartie de nourrir le nourrisson par « acte de charité qu'elle faisait toujours avec un vif plaisir », quand la mère était dans l'incapacité de le faire.
Lors de l'allaitement artificiel, les mères pouvaient utiliser des biberons ou des équivalents variés et plus simples : dans le nord du Finistère, on utilisait une bouteille bouchée d'une éponge que l'enfant aspirait par succion ; dans le sud et le centre, c’était un petit cruchon de terre d'environ deux décilitres garni d'un morceau de vieille toile ; dans l'extrême ouest, une burette était employée, contenant du lait de vache étendu d'eau et tiédi. Du côté de Quimper, on employait une petite soucoupe à bec creusée, nommée « crâle ». À Carhaix, deux types de biberons coexistaient : un simple vase en forme de poire à goulot, et un second plus grand muni d'une éponge latérale appelée « tétin » — « Pen-Bronn » en breton, soit littéralement « tête de mamelle ».
Pour calmer les pleurs d'un nourrisson, on pouvait lui donner un suçon composé de mie de pain avec du sucre, du beurre ou du miel renfermé dans un morceau de toile. Cela calmait sa faim et ses cris. Cette méthode était pratiquée sur l'île de Sein, à Ouessant ou à Landerneau. Sur l'île Molène, « cette pratique était tellement répandue qu'une croyance aurait attribué la grande bouche de ses habitants au fait d'avoir longtemps usé du suçon. »
Les biberons se perfectionnèrent au cours du XIXe siècle et même si l'allaitement au sein restait la pratique la plus utilisée, dans les villes l'intérêt pour cet instrument se développa. Progressivement, ils remplacèrent les petits pots ou les cruchons. Le biberon « perfectionné » du système Robert ou Monod devint le référent en la matière. L'intérêt pour le biberon était contrasté selon les localités. À Ouessant, l'allaitement artificiel se faisait dans plus de 60 % des cas, en raison de la charge de travail des femmes. Les hommes partant en mer pêcher une grande partie de l'année, les travaux aux champs, les tâches domestiques et l'éducation des enfants incombaient alors à la mère. À l'opposé, dans d'autres communes comme Lesneven, Rosporden ou encore Plouigneau, le biberon était plutôt mal vu. À Morlaix, « les femmes âgées reprochaient à leurs filles de ne pouvoir allaiter leurs enfants comme elles le faisaient elles-mêmes autrefois ».
« Aujourd'hui » comme « autrefois », l'allaitement au sein restait le meilleur moyen de nourrir un enfant. Les progrès médicaux mirent en avant que le nourrissage au sein était plus hygiénique et plus nourrissant pour l'enfant qui n'était sevré que vers un ou deux ans. L'allaitement artificiel, quant à lui, était vite remplacé par de la nourriture solide pour l'enfant. Le biberon était peu hygiénique et rempli de bactéries. Souvent dégouté par le lait gâté encore présent dans les biberons, le nourrisson se tournait rapidement vers les bouillis de froment ou d'avoine coupées à du lait ou de l'eau.
Les modes de couchage correspondent à l'ensemble des dispositions matérielles mises en place pour assurer le sommeil des enfants. Ce dispositif constitue tout un « savoir-faire » qui articule le mobilier (le berceau, la bercelonnette, le lit clos, etc.), la literie (la paillasse, le drap), l'emplacement et les pratiques qui l'entourent comme l'emmaillotement ou le bercement. Les cantons de Huelgoat, Crozon, Pleyben, et Le Faou présentent dans l'enquête d'Émile Bérard des pratiques proches, avec quelques particularités, mais ils illustrent de façon générale l'évolution des modes de couchage dans l'ensemble du Finistère au XIXe siècle.
Avant l'enquête d'Emile Bérard, l’usage du berceau était largement répandu dans tout le Finistère, même si la forme et les matériaux variaient selon les cantons. À Pleyben et au Faou, le couchage était presque identique : il s'agissait « d'une caisse rustique ou une boîte massive en bois de chêne [...] ou de châtaignier reposant sur des supports en forme d'arc de cercle » pour faciliter le bercement. Pour Huelgoat, on notait l'usage de paniers en osier, parfois munis d'un mécanisme de fermeture permettant de protéger l'enfant des insectes et des animaux de la ferme. Au-delà de leur forme, ces berceaux avaient un point en commun : ils étaient de très petites dimensions. Celle-ci s'explique par le port du maillot, une pratique courante consistant à envelopper étroitement le corps du nourrisson avec plusieurs couches de linge. Cette pratique était soutenue par les adultes convaincus que le corps des nouveau-nés était inarticulé ou inachevé, nécessitant à nouveau un façonnage.
Le choix de la literie complétait cet aménagement du berceau. Il suivait ce même principe de façonnage avec une superposition de couches pour former un cocon chaud pour l'enfant. Elle se composait essentiellement de la paille posée dans le fond du berceau, d'une couette, c’est-à-dire une enveloppe en tissu remplie de matières végétales comme la balle d’avoine à laquelle s’ajoutaient des draps en toile de chanvre, des couvertures, un couvre-pied, et parfois un oreiller ou des rideaux. L'ensemble était aéré quotidiennement pendant quelques heures (2 ou 3 heures), et renouvelé plusieurs fois dans l'année en fonction des moyens de la famille. L'emplacement du berceau répondait également à une logique précise. Il était installé près du lit parental sur un banc appelé « banc-dossier » afin de maintenir une proximité avec l'enfant. Il était également habituel que l'enfant soit couché dans une autre pièce selon l'aisance de la famille, l’âge ou la présence d’une nourrice.
Bérard identifie d’autres moyens de couchage liés aux contraintes des familles ayant d'autres enfants de bas-âge ou des difficultés financières. Dans ces cas-là, la solution courante venait soit de l'emploi d'un grand berceau pour les deux enfants, soit de l'aide d'un voisin qui pouvait reléguer « [prêter] un berceau » à la mère. Dans d'autres cantons, il s'agissait néanmoins d'utiliser des mobiliers destinés à d'autres fins comme des alternatives de couchage pour les enfants. C'est l'exemple typique de Huelgoat, le fond d'une armoire servait en ce sens de couchage d'appoint, où l'on installait l'un des enfants (le plus souvent l'aîné) avec la même literie.
Enfin, au-delà du mobilier, « le bercement » occupait ainsi une place importante dans le couchage des enfants. Il constituait une alternative pour calmer et endormir les enfants. Au Faou, certains berceaux étaient munis d’une ficelle permettant le bercement à distance. Selon les croyances de l’époque, cette pratique pouvait aussi prévenir l’apparition des hernies abdominales causées par les crises de pleurs. Le bercement substituait alors d’autres méthodes, comme le gavage au lait de vache, une méthode courante qui consistait à donner une quantité importante de lait de vache à l’enfant pour l'endormir. Néanmoins, comme le relève l'auteur, la pratique du bercement était paradoxalement décriée par les hygiénistes comme nocive pour la santé des jeunes enfants parce que « le sommeil de ces bercements tiendrait plus d'un état comateux que d'un sommeil normal ».
Au cours de l'enquête de Bérard, l'évolution des modes de couchage n'est pas uniforme dans tous les cantons. Les villes adoptent les nouveaux modes de couchage, mais l'évolution reste encore partielle dans certaines campagnes où les procédés anciens subsistent. À Huelgoat, par exemple, l'usage des armoires comme lits pour les jeunes enfants perdure. Le « lit-clos » reste également l'un des mobiliers les plus répandus pour le couchage des enfants : il s'agit d'un lit fermé utilisé par toute la famille. Certains modèles comportent deux niveaux de couchage : la partie supérieure réservée pour les enfants, et l'inférieure pour les parents. Dans certains cas, un petit berceau sous la forme d'un demi cylindre renversé, appelé « kavel ou Bransel » est directement intégré au lit clos. Cette promiscuité est décriée par Bérard comme une pratique « anti-hygiénique puisqu’[elle] oblige l’enfant à dormir dans une atmosphère constamment viciée par suite du peu d’espace existant dans le lit des parents ».
Parallèlement, les formes de couchage évoluent progressivement dans d'autres cantons. Le changement des berceaux se manifeste par l'apparition de modèles plus grands et plus légers, en osier ou en bois sculpté (chêne ou châtaignier) avec des dessins ou des ornements. Les procédés anciens restent néanmoins ancrés, notamment dans le choix et l'organisation de la literie : l'usage de la paille, des couettes de balle d'avoine, et le banc pour poser le berceau, reste fréquents dans plusieurs cantons. À Crozon et Pleyben, par exemple, l'auteur note l'emploi de nouveaux berceaux offrant un couchage plus chaud et confortable pour les enfants (matelas d’édredon, couverture en laine ou en coton), dont l'usage s'étend jusqu'à l'âge de 2 ou 3 ans.
L'éducation désigne ici non pas l'instruction scolaire, mais ce qui se transmet au quotidien dans la famille : les gestes du travail, les règles morales dictées par la religion, le rapport au corps et à la communauté. C'est ce savoir-être que documente Bérard dans son enquête sur le Finistère. Les cantons de Fouesnant, Plogastel et Douarnenez en offrent trois portraits contrastés, illustrant la cohérence de l'éducation traditionnelle et les résistances qu'elle oppose à toute transformation.
Dans le Finistère rural, l'éducation repose sur le corps et le travail. À Fouesnant, le campagnard « s'attachait seulement à utiliser le plus tôt possible les bras de toute sa famille » : le souci d'éduquer « n'existait pas » et « l'éducation des forces physiques était la seule en honneur ». L'enfant n'est pas d'abord un être à former : il est une force de travail au service de la famille.
À Plogastel, cette logique s'articule avec une formation morale portée par la religion et la coutume. Les mères « ne s'occupaient [pas] de l'éducation de leurs enfants » dans le sens d'un éveil intellectuel : on ne devait pas « forcer le moment », convaincu que « l'intelligence de l'enfant aurait souffert » si on avait voulu « éveiller sa curiosité avant l'âge ». La trajectoire est tracée d'avance : prières vers 7 ans, catéchisme vers 10, champs vers 12. La morale ne se raisonne pas — elle s'incorpore par les rites et la répétition.
À Plogastel, l'évolution est perceptible. « L'éducation de l'enfant est meilleure qu'autrefois » : la mère s'occupe désormais davantage de le former « à la vie intellectuelle et morale ». Mais Bérard tempère aussitôt : il n'est « pas rare de rencontrer encore des mères qui, malgré l'instruction et l'éducation qu'elles ont reçues, négligent complètement leurs enfants ». Surtout, « les croyances superstitieuses sont vivaces dans la population elles ne disparaissent que bien lentement ».
À Douarnenez, le tableau est plus sombre. « L'éducation est bornée aux exercices physiques » : les enfants sont envoyés en mer très tôt, et « c'est avec joie [qu'ils] se voient incorporés dans la marine ». Mais Bérard, témoin oculaire, dénonce une dérive grave : « les marins se font un honneur de faire boire de mauvais alcool à leurs tout jeunes enfants » — il a lui-même vu « donner à boire, à même un verre, de l'eau-de-vie de betterave à un nourrisson de 6 mois ». « Les générations actuelles ne font rien pour préserver les générations futures de ce funeste penchant ».
Ces trois cantons montrent que l'éducation rurale n'est pas une absence de formation, mais une formation différente — ancrée dans le corps, le travail et la croyance. Ce qui se transmet résiste à toute transformation venue d'en haut.
L'enquête d'Émile Bérard met en lumière l'évolution des pratiques liées aux vêtements des très jeunes enfants. Les chapitres consacrés aux cantons de Châteaulin, Carhaix et Châteauneuf-du-Faou sont particulièrement éclairants sur ces changements qui affectent quasiment tout le département du Finistère.
L'emmaillotement consistait à envelopper un bébé dans plusieurs couches de linges d'une façon qui ne lui laissait pas de liberté de mouvement. Après avoir vêtu le bébé d'une chemise fendue et d'un gilet de laine, on l'entourait d'un maillot en laine, drap ou flanelle, qui lui prenait tout le corps depuis le cou jusqu'aux jambes. Enfin, le maillot était lui-même recouvert d'une lisière de drap pour le maintenir en place, et l'enfant était coiffé d'un ou plusieurs bonnets.
L'emmaillotement avait pour but de maintenir l'enfant au chaud, dans une maison alors souvent humide et mal chauffée. Incapable de bouger, rigidifié par plusieurs couches de vêtements, l'enfant ne risquait pas de se découvrir. Il avait également l'avantage d'être facilement transportable, dans les bras ou sur le dos.
L'emmaillotement avait une autre fonction, plus symbolique. Les parents voulaient s'assurer que le corps du nouveau-né soit « bien fait », c'est-à-dire avec des membres bien droits. Cette pratique, comme de nombreuses autres (compression du crâne pour le rendre plus rond, par exemple), s'inscrivait dans une logique de modelage du corps des très jeunes enfants.
Les enquêteurs déplorent la persistance de cette pratique dans le Finistère. Outre le fait que « pendant une durée de 7 à 8 mois l'enfant ne pouvait donner aucun exercice à ses membres qui étaient trop étroitement comprimés », l'emmaillotement était surtout peu hygiénique. Comme l'enfant n'était changé que 3 à 5 fois par jour, il restait longtemps dans ses excréments, ce qui pouvait entraîner des irritations et des infections.
Néanmoins, l'enquête rapporte plusieurs changements jugés bénéfiques. D'abord, l'emmaillotement est moins contraignant. Comme il est précisé pour le canton de Châteauneuf-du-Faou (et pour quasiment tout le département) : « Les bras sont maintenant laissés libres et les jambes sont moins étroitement serrées. » Ensuite, la période d'emmaillotement s'est raccourcie. Là où autrefois l'enfant restait dans son maillot pendant 7 à 10 mois, il le quitte désormais vers ses 4 ou 6 mois.
L'enquête précise la layette (ou vêture) des jeunes enfants de cet âge : « Quand l'enfant quittait son maillot, il prenait une robe de molleton noir à nombreux plis superposés les uns sur les autres et que l'on décousait pour allonger la robe à mesure que l'enfant grandissait. La robe servait ainsi 5 à 6 ans. On lui mettait aussi 3 ou 4 bonnets les uns sur les autres. Il portait des sabots de bois et des bas de laine brune. »
Mis à part de subtils détails (par exemple un gland argenté sur le bonnet des garçons contre une cocarde colorée sur celui des filles), les vêtements des enfants des deux sexes sont identiques. La robe n'a pas pour fonction de distinguer les garçons des filles, mais les enfants des adultes. Le petit garçon comme la petite fille sont vêtus de ce vêtement féminin car ils appartiennent encore au monde des femmes, celui du foyer et de la maternité. Cette pratique va perdurer jusqu'à la Première Guerre mondiale.
Le « gardiennage » des enfants au XIXe siècle se réfère à la manière dont les enfants étaient gardés par leurs parents, leurs nourrices ou, plus rarement, par d’autres personnes tels que leurs frères et sœurs. Dans son ouvrage, Émile Bérard apporte un éclairage sur l’évolution des habitudes de gardiennage en organisant son propos en deux parties « autrefois » et « aujourd’hui », comme pour l'ensemble des thèmes qu'il aborde. Qu’en était-il, donc, du gardiennage dans le canton de Quimper, Briec et Concarneau ?
Pour les enfants en bas âge, du mobilier était mis en place ; des berceaux était placés « à une hauteur de 0.75m environ du sol », près du lit parental, permettant ainsi de protéger l’enfant des animaux. De même, « [l]a porte de la maison […] était divisée en deux battants ». Le battant inférieur avait pour objectif d’empêcher les animaux de rentrer dans la maison, tandis que la partie supérieure pouvait s’ouvrir pour laisser entrer la lumière sans mettre en danger les enfants. Pour Briec, l’auteur donne l’exemple d’une « sorte de banc rectangulaire, percé au milieu » (appelé alloir ou chomette), lequel servait à l’apprentissage des premiers pas. « Le bébé était placé dans une sorte de lunette glissant dans une rainure pratiquée d'un bout à l'autre du banc, dans le sens de la longueur ». Il existait aussi des chaises percées, lesquelles avaient le même but grâce à des roulettes à chaque pied.
Les enfants étaient invités à se défouler et vivre dehors, « au grand air », « pour préparer une race forte ». Une importance particulière était portée à l'exercice physique. Lorsqu’une maladie se déclarait, des femmes, des « matrones », venaient et préparaient des breuvages et onguents l’effet de ces préparations relevait probablement de la superstition, car la « force de la constitution triomphait du mal plus souvent ». Finalement, concernant la nourriture de la famille, l’auteur fait mention pour Quimper de bouillie, crêpes de blé noir, lait caillé, soupe, lard, pain de seigle et cidre.
A Concarneau, des garderies furent mises en place pour palier le manque de protection et d’élevage de la part de la mère, ce qui était récurrent, notamment lorsque les saisons des grandes pêches arrivaient. Parallèlement, les enfants des champs étaient gardés par leurs aînés ou leurs grands-mères voire, lorsqu’aucune de ces solutions n’était possible, par une voisine.
Du côté du mobilier, peu d’informations sont données par l’auteur concernant les meubles utilisés. Il indique tout de même pour Briec la diminution d’utilisation des appareils susmentionnés, au profit de l’intervention directe de la mère pour aider l’enfant dans ses premiers pas, grâce à du linge en tout genre. Malgré le développement des soins médicaux, à Quimper la mortalité augmentait, ce qui était a priori dû notamment à « l’abus, par les parents, des boissons alcooliques ». Sur ce point, Émile Bérard insiste en mentionnant les marins ivres dans les ports, qui ne montraient pas un « bon » comportement aux enfants.
L'auteur effectue ici un parallèle surprenant avec les enfants américains, lesquels jouaient dans des jardins d’enfants, ces derniers rappelant le champ protégé par des clôtures. Malgré la force reconnue du grand air, il y avait des problèmes de maladies dues à l’environnement proche des champs :
L’instruction des enfants au XIXe siècle était assez inégale selon les cantons du Finistère. Dans son ouvrage, Emile Bérard apporte un éclairage sur l’évolution des modes et moyens d’instruction en organisant son propos en deux parties « autrefois » et « aujourd’hui », comme pour l’ensemble des thèmes qu’il aborde. Des différences sont assez notables entre les villes et les campagnes. Cette instruction est particulièrement décrite par l’auteur pour Brest, Daoulas et Landerneau.
À Brest, une première école publique fut ouverte le 14 mars 1746, suivie par d’autres, qui furent malheureusement progressivement fermées à partir de 1791. Furent nommés vers 1800 cinq instituteurs puis, après de nombreux efforts, le conseil municipal obtint en 1822 la « réinstallation des frères de la doctrine chrétienne », une congrégation qui se consacre à l’éducation de la jeunesse, notamment celle des classes populaires. Malgré tout, les moyens mis en place pour l’éducation des enfants restaient très précaires et « défectueux » ; avant 1850, ce sont les familles qui décidaient de l'instruction des enfants. En général, elles préféraient compter sur eux pour les aider dans les champs ou, dans de rares cas, les magasins.
À Landerneau comme à Brest, les enfants n’allaient pas en classe ou très rarement avant 10 ou 11 ans. L’école avait pour objectif de leur apprendre la lecture du breton et les rudiments du catéchisme à Daoulas, le latin, l’histoire religieuse et des bases de calcul s’ajoutaient à ces deux disciplines.
L’auteur effectue assez étonnement un saut dans le temps important et indique sans transition avec le manque d’école mentionné précédemment que dorénavant l’instruction était très répandue dans de nombreux établissements. La loi Ferry étant désormais établie, l'école était obligatoire entre 6 et 13 ans pour les enfants des deux sexes. Comme Émile Bérard le souligne, les écoles étaient de plusieurs catégories allant de « lycées de filles et de garçons, écoles supérieures, écoles primaires, écoles maternelles, salle d'asile rivalisent de succès. Il n'y a guère d'enfants ne fréquentant pas les établissements scolaires ». Les salles d'asile correspondaient à des établissements destinés aux enfants entre 2 et 6 ans elles furent ensuite remplacées par les écoles maternelles.
À Brest, les enfants étaient envoyés à l'école vers 8 ou 9 ans au plus tôt dans les campagnes et plus jeunes dans les villes. De même à Landerneau, il y avait une grande fréquentation des écoles maternelles, où étaient enseignées « toutes les facultés intellectuelles simultanément ».
Daoulas semble pour sa part représenter le lieu doté du plus grand nombre d’établissements avec 26 écoles pour les deux sexes. Les écoles devenaient ainsi plus nombreuses et l'instruction se développait progressivement.
Cantons au nord de Brest, les villes de Lesneven et Plabennec ainsi que l'île de Ouessant n'ont pas les mêmes traditions en terme de vêtures avant 1860. Par « vêtures », on entend les vêtements des enfants après environ 6 ans. En général, les vêtements sont des versions miniatures de ceux des adultes. Avant cet âge, ils sont les mêmes peu importe le sexe de l'enfant.
Les hommes et les garçons habitant de la ville de Lesneven avaient un uniforme composé d'« un pantalon gris, une veste bleue ». Pour ceux qui habitaient à la campagne, il s'agissait d'« un pantalon de drap large serré aux jarrets » et d'« une veste très courte ». Les dimanches et les jours de fête, tous portaient des chapeaux en feutre, des galoches (des chaussures avec des semelles en bois) ou des souliers. Les jours de travail, ils étaient chaussés de sabots clos.
La ville de Plabennec diffère de Lesneven. Les petits garçons portaient le costume en usage dans tout le Léon : un gilet et un paletot noirs. Ils avaient aussi un chapeau de feutre à larges bords presque semblable à celui des ecclésiastiques. Les petites filles étaient vêtues de « jupes de drap noir sur un jupon de molleton bleu, un petit châle de couleur et des bonnets de linge en forme de serre-tête ». Rares étaient les variations sur les vêtures.
Lors de l'enquête, le costume n'a pas changé dans les trois villes. Dans l'ouvrage, il faut cependant se référer à Brest pour certains détails. Les bretelles, spécificité de Ouessant, étaient conservées. Bérard note également qu'à Ouessant « les garçons portent la culotte maintenant dès l'âge de 4 ans ». Les jours de la semaine, la vêture des filles ne changeait pas énormément, une coiffe de couleur, « un châle de laine ou de coton, un tablier, une jupe et un corsage de laine ». Les jours de fêtes et le dimanche, la couleur de la coiffe devenait blanche et elle était accompagnée d'un serre-tête noir.
Le gilet comme les sabots en photographie sont des habits de costume traditionnel mais ils permettent de visualiser à quoi correspondaient les vêtements d'époque. Ils sont donc plutôt portés le dimanche et les jours de fêtes. Le gilet est en drap de laine noir doublé d'une toile de lin. Il possède une double rangée de boutons dorés en métal. Les boutonnières sont en fils de coton vert, de même pour les deux poches. L'arrière du gilet est quant à lui marron. Les sabots sont aussi de couleur noire avec la partie avant pointue et recourbée. Les semelles et talons ont été renforcés avec des clous. Ces clous maintenaient un fil sur le dessus du pied.
Par « enfant assisté », on entend les enfants placés sous le régime de l'Assistance publique, un ministère dédié à la protection sociale des enfants comme des adultes. Ce sont à la fois des orphelins, des enfants abandonnés ou des enfants maltraités. Pont-L'Abbé et Rosporden sont rattachés par Émile Bérard à Quimper alors que Pont-Croix a ses propres pratiques pour les vêtements des enfants assistés.
Dans son introduction, Émile Bérard écrit « les règlements administratifs sur les vêtements des enfants assistés stipulaient qu'à l'âge d'un an les commissions hospitalières délivreraient aux pupilles » une première vêture. L'auteur indique que le renouvellement de la vêture se faisait tous les ans jusqu'à 6 ans puis de même de 6 ans à 12 ans. Certains vêtements étaient obligatoires comme les robes ou les vestes dans le cas où les enfants assistaient aux catéchismes ou allaient à l'école primaire.
Pour Pont-L'Abbé et Rosporden avant 1860, l'auteur fait une liste de ce qui est donné par l'hospice, c'est-à-dire par la maison d'assistance pour les personnes démunies. Il y avait une distinction entre les filles et les garçons qui ne se faisait qu'à partir de 6 ans où les vêtements des enfants étaient des miniatures de ceux des adultes.
Les étoffes utilisées pour ces vêtures n'étaient selon les dires de l'auteur que pour les enfants des hospices. La couleur de ces vêtements était brun fauve ou gris fer. Bérard nous informe aussi que leur coupe était « ridicule », autrement dit elle était certainement mal faite.
À Pont-Croix, comme pour les deux autres villes, la liste des vêtures est donnée par l'hospice, ce qui engendre des moqueries envers les enfants assistés. Selon Bérard, « l'hospice [la] délivrait aux nourriciers » pour les garçons et les filles.
Cette photographie nous permet de voir ce que décrit Bérard. Elle fait partie d'une collection de photographies prises par L. Poret. La famille est en costume de civil ou en costume de Basse Bretagne en extérieur.
Un changement s'opère à partir des années 1860 avec une autre forme de rémunération qui amène à d'autres vêtures. Les vêtures des enfants assistés étaient uniformisées à celles des autres enfants. L'administration hospitalière donnait une somme aux nourriciers, les personnes qui s'occupaient des enfants assistés pour qu'ils fassent confectionner ou confectionnent des vêtements. Selon Bérard, l'administration et les enfants trouvaient ce changement bien. Le lien était meilleur entre les nourriciers et les enfants. Ainsi, des enfants assistés placés dans des familles avaient les mêmes vêtements que ceux des enfants non assistés. Émile Bérard s'en réjouit lui-même avec cette phrase : « il était pénible pour un jeune enfant de se trouver seul affublé d'une livrée ridicule au milieu d'enfants de son âge ».
Plomelin étant au sud ouest de Quimper, la photographie est au cœur du canton choisi pour les enfants assistés. Rare photographie que nous avons pu trouver sur les orphelins du Finistère, celle-ci montre des garçons en costume démontrant l'uniformisation de celui-ci. Cependant, aucune preuve ne permet de dire que ce costume était porté par tous les enfants du Finistère.
Les enfants assistés, selon l'auteur, « rencontrent plus de facilités à s'établir dans le pays où ils ont été élevés ».
Le XIXe est une époque de grands changements. L'industrialisation s'intensifie, l'innovation progresse et même le domaine médical connaît une évolution significative. Cela amène la population à changer ses coutumes et ses habitudes.
Au début de ce siècle et même lors des siècles précédents, l'allaitement au sein, dans le Finistère, était la norme. Marginal, l'allaitement artificiel n'était employé que lorsque la santé de la mère ne permettait pas l'allaitement naturel : corps faible, maladie, incapacité à produire assez de lait, inflammation des seins, telles pouvaient être les raisons limitant l'allaitement au sein. Du lait animal, de vache ou de chèvre, pouvait alors être donné au nourrisson. Dans certains cantons de l’est du Finistère, comme à Châteauneuf-du-Faou, les enfants étaient dans certains cas allaités directement au pis de l'animal. À Daoulas ou à Lesneven, une voisine proposait sans contrepartie de nourrir le nourrisson par « acte de charité qu'elle faisait toujours avec un vif plaisir », quand la mère était dans l'incapacité de le faire.
Lors de l'allaitement artificiel, les mères pouvaient utiliser des biberons ou des équivalents variés et plus simples : dans le nord du Finistère, on utilisait une bouteille bouchée d'une éponge que l'enfant aspirait par succion ; dans le sud et le centre, c’était un petit cruchon de terre d'environ deux décilitres garni d'un morceau de vieille toile ; dans l'extrême ouest, une burette était employée, contenant du lait de vache étendu d'eau et tiédi. Du côté de Quimper, on employait une petite soucoupe à bec creusée, nommée « crâle ». À Carhaix, deux types de biberons coexistaient : un simple vase en forme de poire à goulot, et un second plus grand muni d'une éponge latérale appelée « tétin » — « Pen-Bronn » en breton, soit littéralement « tête de mamelle ».
Pour calmer les pleurs d'un nourrisson, on pouvait lui donner un suçon composé de mie de pain avec du sucre, du beurre ou du miel renfermé dans un morceau de toile. Cela calmait sa faim et ses cris. Cette méthode était pratiquée sur l'île de Sein, à Ouessant ou à Landerneau. Sur l'île Molène, « cette pratique était tellement répandue qu'une croyance aurait attribué la grande bouche de ses habitants au fait d'avoir longtemps usé du suçon. »
Les biberons se perfectionnèrent au cours du XIXe siècle et même si l'allaitement au sein restait la pratique la plus utilisée, dans les villes l'intérêt pour cet instrument se développa. Progressivement, ils remplacèrent les petits pots ou les cruchons. Le biberon « perfectionné » du système Robert ou Monod devint le référent en la matière. L'intérêt pour le biberon était contrasté selon les localités. À Ouessant, l'allaitement artificiel se faisait dans plus de 60 % des cas, en raison de la charge de travail des femmes. Les hommes partant en mer pêcher une grande partie de l'année, les travaux aux champs, les tâches domestiques et l'éducation des enfants incombaient alors à la mère. À l'opposé, dans d'autres communes comme Lesneven, Rosporden ou encore Plouigneau, le biberon était plutôt mal vu. À Morlaix, « les femmes âgées reprochaient à leurs filles de ne pouvoir allaiter leurs enfants comme elles le faisaient elles-mêmes autrefois ».
« Aujourd'hui » comme « autrefois », l'allaitement au sein restait le meilleur moyen de nourrir un enfant. Les progrès médicaux mirent en avant que le nourrissage au sein était plus hygiénique et plus nourrissant pour l'enfant qui n'était sevré que vers un ou deux ans. L'allaitement artificiel, quant à lui, était vite remplacé par de la nourriture solide pour l'enfant. Le biberon était peu hygiénique et rempli de bactéries. Souvent dégouté par le lait gâté encore présent dans les biberons, le nourrisson se tournait rapidement vers les bouillis de froment ou d'avoine coupées à du lait ou de l'eau.
Les modes de couchage correspondent à l'ensemble des dispositions matérielles mises en place pour assurer le sommeil des enfants. Ce dispositif constitue tout un « savoir-faire » qui articule le mobilier (le berceau, la bercelonnette, le lit clos, etc.), la literie (la paillasse, le drap), l'emplacement et les pratiques qui l'entourent comme l'emmaillotement ou le bercement. Les cantons de Huelgoat, Crozon, Pleyben, et Le Faou présentent dans l'enquête d'Émile Bérard des pratiques proches, avec quelques particularités, mais ils illustrent de façon générale l'évolution des modes de couchage dans l'ensemble du Finistère au XIXe siècle.
Avant l'enquête d'Emile Bérard, l’usage du berceau était largement répandu dans tout le Finistère, même si la forme et les matériaux variaient selon les cantons. À Pleyben et au Faou, le couchage était presque identique : il s'agissait « d'une caisse rustique ou une boîte massive en bois de chêne [...] ou de châtaignier reposant sur des supports en forme d'arc de cercle » pour faciliter le bercement. Pour Huelgoat, on notait l'usage de paniers en osier, parfois munis d'un mécanisme de fermeture permettant de protéger l'enfant des insectes et des animaux de la ferme. Au-delà de leur forme, ces berceaux avaient un point en commun : ils étaient de très petites dimensions. Celle-ci s'explique par le port du maillot, une pratique courante consistant à envelopper étroitement le corps du nourrisson avec plusieurs couches de linge. Cette pratique était soutenue par les adultes convaincus que le corps des nouveau-nés était inarticulé ou inachevé, nécessitant à nouveau un façonnage.
Le choix de la literie complétait cet aménagement du berceau. Il suivait ce même principe de façonnage avec une superposition de couches pour former un cocon chaud pour l'enfant. Elle se composait essentiellement de la paille posée dans le fond du berceau, d'une couette, c’est-à-dire une enveloppe en tissu remplie de matières végétales comme la balle d’avoine à laquelle s’ajoutaient des draps en toile de chanvre, des couvertures, un couvre-pied, et parfois un oreiller ou des rideaux. L'ensemble était aéré quotidiennement pendant quelques heures (2 ou 3 heures), et renouvelé plusieurs fois dans l'année en fonction des moyens de la famille. L'emplacement du berceau répondait également à une logique précise. Il était installé près du lit parental sur un banc appelé « banc-dossier » afin de maintenir une proximité avec l'enfant. Il était également habituel que l'enfant soit couché dans une autre pièce selon l'aisance de la famille, l’âge ou la présence d’une nourrice.
Bérard identifie d’autres moyens de couchage liés aux contraintes des familles ayant d'autres enfants de bas-âge ou des difficultés financières. Dans ces cas-là, la solution courante venait soit de l'emploi d'un grand berceau pour les deux enfants, soit de l'aide d'un voisin qui pouvait reléguer « [prêter] un berceau » à la mère. Dans d'autres cantons, il s'agissait néanmoins d'utiliser des mobiliers destinés à d'autres fins comme des alternatives de couchage pour les enfants. C'est l'exemple typique de Huelgoat, le fond d'une armoire servait en ce sens de couchage d'appoint, où l'on installait l'un des enfants (le plus souvent l'aîné) avec la même literie.
Enfin, au-delà du mobilier, « le bercement » occupait ainsi une place importante dans le couchage des enfants. Il constituait une alternative pour calmer et endormir les enfants. Au Faou, certains berceaux étaient munis d’une ficelle permettant le bercement à distance. Selon les croyances de l’époque, cette pratique pouvait aussi prévenir l’apparition des hernies abdominales causées par les crises de pleurs. Le bercement substituait alors d’autres méthodes, comme le gavage au lait de vache, une méthode courante qui consistait à donner une quantité importante de lait de vache à l’enfant pour l'endormir. Néanmoins, comme le relève l'auteur, la pratique du bercement était paradoxalement décriée par les hygiénistes comme nocive pour la santé des jeunes enfants parce que « le sommeil de ces bercements tiendrait plus d'un état comateux que d'un sommeil normal ».
Au cours de l'enquête de Bérard, l'évolution des modes de couchage n'est pas uniforme dans tous les cantons. Les villes adoptent les nouveaux modes de couchage, mais l'évolution reste encore partielle dans certaines campagnes où les procédés anciens subsistent. À Huelgoat, par exemple, l'usage des armoires comme lits pour les jeunes enfants perdure. Le « lit-clos » reste également l'un des mobiliers les plus répandus pour le couchage des enfants : il s'agit d'un lit fermé utilisé par toute la famille. Certains modèles comportent deux niveaux de couchage : la partie supérieure réservée pour les enfants, et l'inférieure pour les parents. Dans certains cas, un petit berceau sous la forme d'un demi cylindre renversé, appelé « kavel ou Bransel » est directement intégré au lit clos. Cette promiscuité est décriée par Bérard comme une pratique « anti-hygiénique puisqu’[elle] oblige l’enfant à dormir dans une atmosphère constamment viciée par suite du peu d’espace existant dans le lit des parents ».
Parallèlement, les formes de couchage évoluent progressivement dans d'autres cantons. Le changement des berceaux se manifeste par l'apparition de modèles plus grands et plus légers, en osier ou en bois sculpté (chêne ou châtaignier) avec des dessins ou des ornements. Les procédés anciens restent néanmoins ancrés, notamment dans le choix et l'organisation de la literie : l'usage de la paille, des couettes de balle d'avoine, et le banc pour poser le berceau, reste fréquents dans plusieurs cantons. À Crozon et Pleyben, par exemple, l'auteur note l'emploi de nouveaux berceaux offrant un couchage plus chaud et confortable pour les enfants (matelas d’édredon, couverture en laine ou en coton), dont l'usage s'étend jusqu'à l'âge de 2 ou 3 ans.
L'éducation désigne ici non pas l'instruction scolaire, mais ce qui se transmet au quotidien dans la famille : les gestes du travail, les règles morales dictées par la religion, le rapport au corps et à la communauté. C'est ce savoir-être que documente Bérard dans son enquête sur le Finistère. Les cantons de Fouesnant, Plogastel et Douarnenez en offrent trois portraits contrastés, illustrant la cohérence de l'éducation traditionnelle et les résistances qu'elle oppose à toute transformation.
Dans le Finistère rural, l'éducation repose sur le corps et le travail. À Fouesnant, le campagnard « s'attachait seulement à utiliser le plus tôt possible les bras de toute sa famille » : le souci d'éduquer « n'existait pas » et « l'éducation des forces physiques était la seule en honneur ». L'enfant n'est pas d'abord un être à former : il est une force de travail au service de la famille.
À Plogastel, cette logique s'articule avec une formation morale portée par la religion et la coutume. Les mères « ne s'occupaient [pas] de l'éducation de leurs enfants » dans le sens d'un éveil intellectuel : on ne devait pas « forcer le moment », convaincu que « l'intelligence de l'enfant aurait souffert » si on avait voulu « éveiller sa curiosité avant l'âge ». La trajectoire est tracée d'avance : prières vers 7 ans, catéchisme vers 10, champs vers 12. La morale ne se raisonne pas — elle s'incorpore par les rites et la répétition.
À Plogastel, l'évolution est perceptible. « L'éducation de l'enfant est meilleure qu'autrefois » : la mère s'occupe désormais davantage de le former « à la vie intellectuelle et morale ». Mais Bérard tempère aussitôt : il n'est « pas rare de rencontrer encore des mères qui, malgré l'instruction et l'éducation qu'elles ont reçues, négligent complètement leurs enfants ». Surtout, « les croyances superstitieuses sont vivaces dans la population elles ne disparaissent que bien lentement ».
À Douarnenez, le tableau est plus sombre. « L'éducation est bornée aux exercices physiques » : les enfants sont envoyés en mer très tôt, et « c'est avec joie [qu'ils] se voient incorporés dans la marine ». Mais Bérard, témoin oculaire, dénonce une dérive grave : « les marins se font un honneur de faire boire de mauvais alcool à leurs tout jeunes enfants » — il a lui-même vu « donner à boire, à même un verre, de l'eau-de-vie de betterave à un nourrisson de 6 mois ». « Les générations actuelles ne font rien pour préserver les générations futures de ce funeste penchant ».
Ces trois cantons montrent que l'éducation rurale n'est pas une absence de formation, mais une formation différente — ancrée dans le corps, le travail et la croyance. Ce qui se transmet résiste à toute transformation venue d'en haut.
L'enquête d'Émile Bérard met en lumière l'évolution des pratiques liées aux vêtements des très jeunes enfants. Les chapitres consacrés aux cantons de Châteaulin, Carhaix et Châteauneuf-du-Faou sont particulièrement éclairants sur ces changements qui affectent quasiment tout le département du Finistère.
L'emmaillotement consistait à envelopper un bébé dans plusieurs couches de linges d'une façon qui ne lui laissait pas de liberté de mouvement. Après avoir vêtu le bébé d'une chemise fendue et d'un gilet de laine, on l'entourait d'un maillot en laine, drap ou flanelle, qui lui prenait tout le corps depuis le cou jusqu'aux jambes. Enfin, le maillot était lui-même recouvert d'une lisière de drap pour le maintenir en place, et l'enfant était coiffé d'un ou plusieurs bonnets.
L'emmaillotement avait pour but de maintenir l'enfant au chaud, dans une maison alors souvent humide et mal chauffée. Incapable de bouger, rigidifié par plusieurs couches de vêtements, l'enfant ne risquait pas de se découvrir. Il avait également l'avantage d'être facilement transportable, dans les bras ou sur le dos.
L'emmaillotement avait une autre fonction, plus symbolique. Les parents voulaient s'assurer que le corps du nouveau-né soit « bien fait », c'est-à-dire avec des membres bien droits. Cette pratique, comme de nombreuses autres (compression du crâne pour le rendre plus rond, par exemple), s'inscrivait dans une logique de modelage du corps des très jeunes enfants.
Les enquêteurs déplorent la persistance de cette pratique dans le Finistère. Outre le fait que « pendant une durée de 7 à 8 mois l'enfant ne pouvait donner aucun exercice à ses membres qui étaient trop étroitement comprimés », l'emmaillotement était surtout peu hygiénique. Comme l'enfant n'était changé que 3 à 5 fois par jour, il restait longtemps dans ses excréments, ce qui pouvait entraîner des irritations et des infections.
Néanmoins, l'enquête rapporte plusieurs changements jugés bénéfiques. D'abord, l'emmaillotement est moins contraignant. Comme il est précisé pour le canton de Châteauneuf-du-Faou (et pour quasiment tout le département) : « Les bras sont maintenant laissés libres et les jambes sont moins étroitement serrées. » Ensuite, la période d'emmaillotement s'est raccourcie. Là où autrefois l'enfant restait dans son maillot pendant 7 à 10 mois, il le quitte désormais vers ses 4 ou 6 mois.
L'enquête précise la layette (ou vêture) des jeunes enfants de cet âge : « Quand l'enfant quittait son maillot, il prenait une robe de molleton noir à nombreux plis superposés les uns sur les autres et que l'on décousait pour allonger la robe à mesure que l'enfant grandissait. La robe servait ainsi 5 à 6 ans. On lui mettait aussi 3 ou 4 bonnets les uns sur les autres. Il portait des sabots de bois et des bas de laine brune. »
Mis à part de subtils détails (par exemple un gland argenté sur le bonnet des garçons contre une cocarde colorée sur celui des filles), les vêtements des enfants des deux sexes sont identiques. La robe n'a pas pour fonction de distinguer les garçons des filles, mais les enfants des adultes. Le petit garçon comme la petite fille sont vêtus de ce vêtement féminin car ils appartiennent encore au monde des femmes, celui du foyer et de la maternité. Cette pratique va perdurer jusqu'à la Première Guerre mondiale.
Le « gardiennage » des enfants au XIXe siècle se réfère à la manière dont les enfants étaient gardés par leurs parents, leurs nourrices ou, plus rarement, par d’autres personnes tels que leurs frères et sœurs. Dans son ouvrage, Émile Bérard apporte un éclairage sur l’évolution des habitudes de gardiennage en organisant son propos en deux parties « autrefois » et « aujourd’hui », comme pour l'ensemble des thèmes qu'il aborde. Qu’en était-il, donc, du gardiennage dans le canton de Quimper, Briec et Concarneau ?
Pour les enfants en bas âge, du mobilier était mis en place ; des berceaux était placés « à une hauteur de 0.75m environ du sol », près du lit parental, permettant ainsi de protéger l’enfant des animaux. De même, « [l]a porte de la maison […] était divisée en deux battants ». Le battant inférieur avait pour objectif d’empêcher les animaux de rentrer dans la maison, tandis que la partie supérieure pouvait s’ouvrir pour laisser entrer la lumière sans mettre en danger les enfants. Pour Briec, l’auteur donne l’exemple d’une « sorte de banc rectangulaire, percé au milieu » (appelé alloir ou chomette), lequel servait à l’apprentissage des premiers pas. « Le bébé était placé dans une sorte de lunette glissant dans une rainure pratiquée d'un bout à l'autre du banc, dans le sens de la longueur ». Il existait aussi des chaises percées, lesquelles avaient le même but grâce à des roulettes à chaque pied.
Les enfants étaient invités à se défouler et vivre dehors, « au grand air », « pour préparer une race forte ». Une importance particulière était portée à l'exercice physique. Lorsqu’une maladie se déclarait, des femmes, des « matrones », venaient et préparaient des breuvages et onguents l’effet de ces préparations relevait probablement de la superstition, car la « force de la constitution triomphait du mal plus souvent ». Finalement, concernant la nourriture de la famille, l’auteur fait mention pour Quimper de bouillie, crêpes de blé noir, lait caillé, soupe, lard, pain de seigle et cidre.
A Concarneau, des garderies furent mises en place pour palier le manque de protection et d’élevage de la part de la mère, ce qui était récurrent, notamment lorsque les saisons des grandes pêches arrivaient. Parallèlement, les enfants des champs étaient gardés par leurs aînés ou leurs grands-mères voire, lorsqu’aucune de ces solutions n’était possible, par une voisine.
Du côté du mobilier, peu d’informations sont données par l’auteur concernant les meubles utilisés. Il indique tout de même pour Briec la diminution d’utilisation des appareils susmentionnés, au profit de l’intervention directe de la mère pour aider l’enfant dans ses premiers pas, grâce à du linge en tout genre. Malgré le développement des soins médicaux, à Quimper la mortalité augmentait, ce qui était a priori dû notamment à « l’abus, par les parents, des boissons alcooliques ». Sur ce point, Émile Bérard insiste en mentionnant les marins ivres dans les ports, qui ne montraient pas un « bon » comportement aux enfants.
L'auteur effectue ici un parallèle surprenant avec les enfants américains, lesquels jouaient dans des jardins d’enfants, ces derniers rappelant le champ protégé par des clôtures. Malgré la force reconnue du grand air, il y avait des problèmes de maladies dues à l’environnement proche des champs :
L’instruction des enfants au XIXe siècle était assez inégale selon les cantons du Finistère. Dans son ouvrage, Emile Bérard apporte un éclairage sur l’évolution des modes et moyens d’instruction en organisant son propos en deux parties « autrefois » et « aujourd’hui », comme pour l’ensemble des thèmes qu’il aborde. Des différences sont assez notables entre les villes et les campagnes. Cette instruction est particulièrement décrite par l’auteur pour Brest, Daoulas et Landerneau.
À Brest, une première école publique fut ouverte le 14 mars 1746, suivie par d’autres, qui furent malheureusement progressivement fermées à partir de 1791. Furent nommés vers 1800 cinq instituteurs puis, après de nombreux efforts, le conseil municipal obtint en 1822 la « réinstallation des frères de la doctrine chrétienne », une congrégation qui se consacre à l’éducation de la jeunesse, notamment celle des classes populaires. Malgré tout, les moyens mis en place pour l’éducation des enfants restaient très précaires et « défectueux » ; avant 1850, ce sont les familles qui décidaient de l'instruction des enfants. En général, elles préféraient compter sur eux pour les aider dans les champs ou, dans de rares cas, les magasins.
À Landerneau comme à Brest, les enfants n’allaient pas en classe ou très rarement avant 10 ou 11 ans. L’école avait pour objectif de leur apprendre la lecture du breton et les rudiments du catéchisme à Daoulas, le latin, l’histoire religieuse et des bases de calcul s’ajoutaient à ces deux disciplines.
L’auteur effectue assez étonnement un saut dans le temps important et indique sans transition avec le manque d’école mentionné précédemment que dorénavant l’instruction était très répandue dans de nombreux établissements. La loi Ferry étant désormais établie, l'école était obligatoire entre 6 et 13 ans pour les enfants des deux sexes. Comme Émile Bérard le souligne, les écoles étaient de plusieurs catégories allant de « lycées de filles et de garçons, écoles supérieures, écoles primaires, écoles maternelles, salle d'asile rivalisent de succès. Il n'y a guère d'enfants ne fréquentant pas les établissements scolaires ». Les salles d'asile correspondaient à des établissements destinés aux enfants entre 2 et 6 ans elles furent ensuite remplacées par les écoles maternelles.
À Brest, les enfants étaient envoyés à l'école vers 8 ou 9 ans au plus tôt dans les campagnes et plus jeunes dans les villes. De même à Landerneau, il y avait une grande fréquentation des écoles maternelles, où étaient enseignées « toutes les facultés intellectuelles simultanément ».
Daoulas semble pour sa part représenter le lieu doté du plus grand nombre d’établissements avec 26 écoles pour les deux sexes. Les écoles devenaient ainsi plus nombreuses et l'instruction se développait progressivement.
Cantons au nord de Brest, les villes de Lesneven et Plabennec ainsi que l'île de Ouessant n'ont pas les mêmes traditions en terme de vêtures avant 1860. Par « vêtures », on entend les vêtements des enfants après environ 6 ans. En général, les vêtements sont des versions miniatures de ceux des adultes. Avant cet âge, ils sont les mêmes peu importe le sexe de l'enfant.
Les hommes et les garçons habitant de la ville de Lesneven avaient un uniforme composé d'« un pantalon gris, une veste bleue ». Pour ceux qui habitaient à la campagne, il s'agissait d'« un pantalon de drap large serré aux jarrets » et d'« une veste très courte ». Les dimanches et les jours de fête, tous portaient des chapeaux en feutre, des galoches (des chaussures avec des semelles en bois) ou des souliers. Les jours de travail, ils étaient chaussés de sabots clos.
La ville de Plabennec diffère de Lesneven. Les petits garçons portaient le costume en usage dans tout le Léon : un gilet et un paletot noirs. Ils avaient aussi un chapeau de feutre à larges bords presque semblable à celui des ecclésiastiques. Les petites filles étaient vêtues de « jupes de drap noir sur un jupon de molleton bleu, un petit châle de couleur et des bonnets de linge en forme de serre-tête ». Rares étaient les variations sur les vêtures.
Lors de l'enquête, le costume n'a pas changé dans les trois villes. Dans l'ouvrage, il faut cependant se référer à Brest pour certains détails. Les bretelles, spécificité de Ouessant, étaient conservées. Bérard note également qu'à Ouessant « les garçons portent la culotte maintenant dès l'âge de 4 ans ». Les jours de la semaine, la vêture des filles ne changeait pas énormément, une coiffe de couleur, « un châle de laine ou de coton, un tablier, une jupe et un corsage de laine ». Les jours de fêtes et le dimanche, la couleur de la coiffe devenait blanche et elle était accompagnée d'un serre-tête noir.
Le gilet comme les sabots en photographie sont des habits de costume traditionnel mais ils permettent de visualiser à quoi correspondaient les vêtements d'époque. Ils sont donc plutôt portés le dimanche et les jours de fêtes. Le gilet est en drap de laine noir doublé d'une toile de lin. Il possède une double rangée de boutons dorés en métal. Les boutonnières sont en fils de coton vert, de même pour les deux poches. L'arrière du gilet est quant à lui marron. Les sabots sont aussi de couleur noire avec la partie avant pointue et recourbée. Les semelles et talons ont été renforcés avec des clous. Ces clous maintenaient un fil sur le dessus du pied.
Par « enfant assisté », on entend les enfants placés sous le régime de l'Assistance publique, un ministère dédié à la protection sociale des enfants comme des adultes. Ce sont à la fois des orphelins, des enfants abandonnés ou des enfants maltraités. Pont-L'Abbé et Rosporden sont rattachés par Émile Bérard à Quimper alors que Pont-Croix a ses propres pratiques pour les vêtements des enfants assistés.
Dans son introduction, Émile Bérard écrit « les règlements administratifs sur les vêtements des enfants assistés stipulaient qu'à l'âge d'un an les commissions hospitalières délivreraient aux pupilles » une première vêture. L'auteur indique que le renouvellement de la vêture se faisait tous les ans jusqu'à 6 ans puis de même de 6 ans à 12 ans. Certains vêtements étaient obligatoires comme les robes ou les vestes dans le cas où les enfants assistaient aux catéchismes ou allaient à l'école primaire.
Pour Pont-L'Abbé et Rosporden avant 1860, l'auteur fait une liste de ce qui est donné par l'hospice, c'est-à-dire par la maison d'assistance pour les personnes démunies. Il y avait une distinction entre les filles et les garçons qui ne se faisait qu'à partir de 6 ans où les vêtements des enfants étaient des miniatures de ceux des adultes.
Les étoffes utilisées pour ces vêtures n'étaient selon les dires de l'auteur que pour les enfants des hospices. La couleur de ces vêtements était brun fauve ou gris fer. Bérard nous informe aussi que leur coupe était « ridicule », autrement dit elle était certainement mal faite.
À Pont-Croix, comme pour les deux autres villes, la liste des vêtures est donnée par l'hospice, ce qui engendre des moqueries envers les enfants assistés. Selon Bérard, « l'hospice [la] délivrait aux nourriciers » pour les garçons et les filles.
Cette photographie nous permet de voir ce que décrit Bérard. Elle fait partie d'une collection de photographies prises par L. Poret. La famille est en costume de civil ou en costume de Basse Bretagne en extérieur.
Un changement s'opère à partir des années 1860 avec une autre forme de rémunération qui amène à d'autres vêtures. Les vêtures des enfants assistés étaient uniformisées à celles des autres enfants. L'administration hospitalière donnait une somme aux nourriciers, les personnes qui s'occupaient des enfants assistés pour qu'ils fassent confectionner ou confectionnent des vêtements. Selon Bérard, l'administration et les enfants trouvaient ce changement bien. Le lien était meilleur entre les nourriciers et les enfants. Ainsi, des enfants assistés placés dans des familles avaient les mêmes vêtements que ceux des enfants non assistés. Émile Bérard s'en réjouit lui-même avec cette phrase : « il était pénible pour un jeune enfant de se trouver seul affublé d'une livrée ridicule au milieu d'enfants de son âge ».
Plomelin étant au sud ouest de Quimper, la photographie est au cœur du canton choisi pour les enfants assistés. Rare photographie que nous avons pu trouver sur les orphelins du Finistère, celle-ci montre des garçons en costume démontrant l'uniformisation de celui-ci. Cependant, aucune preuve ne permet de dire que ce costume était porté par tous les enfants du Finistère.
Les enfants assistés, selon l'auteur, « rencontrent plus de facilités à s'établir dans le pays où ils ont été élevés ».